Chapter Text

« Je m'appelle Roxane, vous êtes ici sur 4546B, que j'ai nommé Llyr, sur laquelle je vis depuis quelques temps. Sur cette planète dangereuse et magnifique. Ceci est mon dernier message adressé à ma famille et mes amis. Je ne rentrerais pas. J'ai franchis mon point de rupture et si je continue, j'oublierais qui j'étais... Je ferais sauter ces bombes et j'oublierais mon humanité. Alors je vais laisser l'humanité derrière moi et partir pour un autre monde...
Faire de la luge avec un ami ça a quand même l'air plus fun que de se prendre un éclat de bombe dans le cul... J'ai rien contre une bonne fessée de temps en temps, mais les bombes ? C'est un peu trop pour moi.
Commençons dans l'ordre des choses, même s'il m'a souvent été étranger... »
Cinquième Journal de Roxanne Oak :
Je vois pas pourquoi je continue à écrire mon nom dans ces journaux, je suis la seule à les lires et je sais qu'ils sont à moi ! Je crois que j'ai vu trop de films. J'ai grandis sur Terre, dans un des rares endroits où les sols portaient encore des fragments de vie. Ils étaient d'autant plus précieux et convoités...
Pourquoi je répète encore ça...
Je crois qu'en fait, j'ai un peu honte.
La Terre ne me manque pas.
Est-ce que c'est mal de ne vouloir rentrer chez soi ? De ne pas se sentir à la maison... ben... à la maison ? J'en sais foutre rien, je devrais en parler à un psy. Mais putain, là où j'ai grandis tout le monde s'étripait pour un bout de terre fertile ! Pour un oui ou pour un non, les gens partaient en vrille, s’entre-tuaient ou se sautaient à la gorge !
Je ne veux de mal à personne et je ne veux pas qu'on me fasse du mal.
Lorsque j'avais l'audace de dire une telle chose à quelqu'un, on me traitais de naïve ou pire... Je ne sais pas ce qui est le pire : qu'ils aient raison ou qu'ils aient tort... Tout ce que je sais, c'est que me faire infantiliser pour mes opinions ne me plaît pas.
Alors je me suis enfuie, j'ai pris le premier job qui passait comme agent d'entretien sur un des vaisseaux d'Alterra. Alterra... Pfrr, cette bonne blague. Toutes les compagnies se revendiquent de la Terre. Comme si c'était d'une quelconque gloire.
Alterra est une méga-corporation comme les autres, elle se fout que je bosse pour elle, comme je me fous de bosser pour elle. Je ne suis qu'un numéro parmi les autres. Leur chiffre d'affaire n'est pas basé sur la qualité de mon travail.
Je n'ai pas discuté mon salaire, je n'ai pas discuté mes heures. On m'a assigné une chambre de 9 m² et une douche collective dans les locaux de l'Aurora, un vaisseau de voyage spatial de longue durée. Heureusement, ma nature de noctambule me permet de m'y promener la nuit et de me doucher tranquille sans jamais croiser personne. Pas que ça m'aurait dérangée qu'on me choppe à poil dans les couloirs à 3h du matin, mais je veux pas qu'on bave des conneries à mon sujet. Alors je met un paréo et je ne fais pas de vagues.
Agent d'entretien, c'est un bien joli mot pour décrire ce que je fais : je nettoie après une bande de morveux quarantenaires qui sont pas foutus d'essuyer leurs godasses avant de sauter sur leurs lits. Au moins, ils sont plus malins qu'ils sont polis, lorsque je nettoyais leurs locaux, je les ais entendus parler de projets fascinants. D'expansion et de recherches dans l'univers...
Si j'avais eus la patience et surtout l'argent pour aller à l'université, je serais sûrement parmi eux, à discuter de physique, d'astrologie, de biologie et surtout : de Xénobiologie ! Mais je saurais toujours laver mes godasses...
En vérité, ça ne me dérange pas d'être agent d'entretien. Je suis payée assez pour vivre paisiblement, je fais ma petite marche à pieds quotidienne dans le vaisseau, ça me tient en forme. Et je change assez régulièrement de posture et d'activité pour ne pas avoir trop mal au dos. Je fais mon travail, et tout le monde s'en fout de quand et comment je le fais tant que c'est bien fait. Alors je rêve toute la journée, la musique dans les oreilles et les étoiles défilants à travers l'infinité spatiale. Et le soir venu, je dors après m'être relaxée les jambes. Ce travail peu demandeur en concentration me permet de penser à autre chose, de philosopher parfois, de parler avec moi-même.
Je vis en décalé des autres, je ne suis pas du genre lève-tôt. Je me réveille quand ils prennent leur repas de midi, commence à travailler quand ils ont finit, et je nettoie après eux quand ils sont endormit.
C'est comme ça que j'ai rencontré Ericka.
Une biologiste couche-tard, tout comme moi, qui était encore dans son labo quand je suis passée le nettoyer.
Elle m'a demandé si sa présence me dérangeait, j'ai dis que non et poursuivit mon travail. Je suppose que ma musique devait être assez forte, ou bien que le silence de la nuit lui a permit d'entendre. Mais elle a reconnu ce que j'écoutais et nous avons discuté.
Elle est d'une grande intelligence, très cultivée mais elle a toujours la tête sur les épaules et ne m'a pas du tout prise de haut contrairement à certains de ces collègues. Nous avons parlé de tout : de notre trajet, de ses recherches, de ses espérances, des miennes, nous avons parlé philosophie et politique.
Contrairement à ce que je pensais en la voyant avec sa petite blouse impeccable et le badge d'Alterra brillant de milles feux sur sa poitrine, elle n'était pas plus fan de cette méga-corporation que je ne l'étais. Bien consciente de ces travers et de la rapidité avec laquelle une entreprise aussi gigantesque pouvait oublier son humanité.
J'ai travaillé parfois pour des entreprises familiales et ce tout petit pouvoir avait déjà suffit à déshumaniser le patron ! Alors une méga-corporation de milliards d'individus ?
Tu parles d'une Hydre.
Heureusement, Ericka n'est pas aussi naïve qu'elle en a l'air et puisque le courant passait bien, on s'est promis de se recroiser pour un lait au miel d'acacia la nuit prochaine.
Ça sera cool.
Du restes, je suis crevée ce soir. J'ai démarré une nouvelle amitié, une nouvelle vie, reçu un message de l'au-delà et ouvert un nouveau journal.
Assez d'émotions pour aujourd'hui.
* 15 Mai xx56
Nous sommes passés près d'une supernova ce matin, elle était magnifique ! Si lointaine, si dangereuse ! Nous étions assez loin pour ne courir aucun danger, mais assez près pour pouvoir l'admirer !
Briller de milles feux et mourir dans une explosion de toute beauté, j'envie cette étoile.
Je suis la seule à m'être arrêtée de travailler pour l'admirer. Je me suis même fais engueuler par ce connard de Brook. Putain de Mr Miette qui est pas foutu de garder sa boîte de cookie pour son bureau et rends mon job plus long à semer sa bouffe comme un putain de petit poucet !
Ce casse-couille m'a demandé « ce que je foutais », je lui aie dis que j'admirais le paysage.
Il m'a sommée de me remettre au boulot.
Connard.
Mais j'ai obéis, j'ai posé mon balais. J'ai pris de quoi nettoyer la vitre et je me suis hardiment concentrée sur un tout petit endroit, tout en admirant la supernova. Et j'avançais au ralenti. Je faisais mon travail ! A deux à l'heure ! Ahah ! Ce petit con ne gâcherait pas mon plaisir !
Il est partit en tapant des talons et en me traitant d'idiote bonne à rien.
Comme si mon job à tenir un balais me rendait plus stupide que lui. Pauvre bouffon, torche toi le cul avec ton diplôme de commercial, ça fera une économie de PQ.
Je suis presque triste de voir que personne sur ce vaisseau ne s'est émerveillé comme moi ! Comment peut-on être blasé face à une telle force ? Une telle majesté ?!
Ça me dépasse.
Je ne veux jamais devenir comme eux.
* 17 Mai xx56
Je suis inquiète, j'ai entendu certains mécanos quand je nettoyais dans leur zone, on a dévié de notre trajectoire, en secret. On ne se dirige plus vers Pecailly 25 comme convenu. On se dirige vers les régions inconnues.
Ericka me l'a confirmé en me demandant de garder le secret. Mais je sais maintenant vers où on se dirige : le bras d'Orion, vers un système solaire qu'ils n'ont pas encore officiellement nommé. En attendant, il s'appelle 4546. Tu parles d'un nom de merde pour un coin perdu. Qu'est ce qu'on va foutre là bas ?!
Elle ne pouvait pas m'en dire d'avantage sans risquer son poste, alors je lui aie dis de ne pas s'en faire et de ne rien me dire.
J'avais mon idée sur comment avoir mes infos.
Le seul avantage de Mr Brook-Miette c'est qu'il est facile à suivre. Et prévisible. Il prend son café chez Ozzy tout les soirs à la même heure, il coupe la file car Monsieur est plus important et son temps est plus précieux que celui des autres...
Merdeux.
Je lui ai joué ma plus belle scène. Je l'attendais à la sortie et je l'ai bousculé avec mon seau, il a fait un vol plané, renversé tout son café jusqu'à la fenêtre et fait un face-plant droit sur le carrelage. Je me suis excusée mille fois, tête baissée pour qu'il ne me voie pas rire, et je l'ai supplié de me donner sa veste pour que je la lave pour lui, c'était « le moins que je puisse faire MrBrook ».
J'aurais mérité un Oscar pour ça, mais la satisfaction de lui avoir pourrit sa soirée comme il pourrit les miennes m'a suffit. Et il me l'a donnée, sa putain de veste, avec le passe-partout de sa poche intérieure.
Je connais aussi son code, si je ne nettoyais pas méticuleusement le digicode de son coffre-fort tout les jours, n'importe qui pourrait l'ouvrir en suivant les traces de gras. Et il est suffisamment stupide pour avoir le même code pour son coffre et son ordinateur...
Frustré par la perte de son café, il est partit se coucher exactement comme je le pensais. Et je lui aie promis que sa veste serait propre et nette, attendant sur son casier personnel dès demain matin. Ma prestation a été si convaincante qu'on me jetais des regards désolés dans le café après m'être fait ainsi réprimandée pour un accident. Ozzy, le patron du café, m'a offert un chocolat chaud pour me « réconforter ». Ainsi qu'une des dernières part de gâteau au chocolat, inestimable trésor qui a survécu à l'incident des ingénieurs bidouilleurs dans les soutes... Et qui va nous obliger à nous nourrir de fruits secs et de noix jusqu'à la fin du voyage, dans 34 semaines...
J'ai donc pris tout le temps de savourer ce précieux gâteau et remercié Ozzy.
Dommage que je ne puisse pas lui dire que ce n'était que de la comédie. Mais je le connais, s'il avait sut que s'en était une, il m'aurait offert le chocolat chaud pour le reste du voyage !
Lui non plus ne supporte pas ce type.
Ozzy est un gars très chouette, toujours de bonne humeur, beau parleur et commerçant. Il est d'un âge plus mûr que moi, peut-être une trentaine d'année, mais il est de ces hommes qui mûrissent comme un bon vin et se bonifient avec l'âge. Il est d'un certain charisme et d'un certain charme aussi ! Habituellement, je ne suis pas du tout partisane des grands écarts d'âge, ça me bloque, mais pour ce gentleman je pourrais faire une exception !
Car en plus d'être un excellent cuistot et barman, il est très drôle et possède une culture générale assez étendue et la curiosité qui m'est si chère. À chaque fois que nous nous voyons, lorsqu'il n'y a pas trop de monde, nous faisons un concours de dad-joke, et autres vannes pourries. Le vainqueur sera le plus nul !
Il se spécialiste dans l'humour noir et moi l'humour vulgaire, c'est sûrement pour ça qu'on se fait si farouchement concurrence dans nos domaines respectifs !
Après ce petit interlude agréable, j'ai poursuivis ma journée et, le soir venu, j'ai attendus le cœur de la nuit pour me faufiler dans le bureau de Mr Brook-Miette.
J'ai découpé méticuleusement un morceau en haut du dossier de sa chaise pour glisser un micro dans le fourrage, recousu impeccablement et je me suis assise pour consulter les derniers messages sur sa boîte mail personnelle tout en m'assurant que mon micro fonctionnait.
Ça ne m'a pas pris plus de 10 minutes. Je suis ressortie. J'ai posé sa veste et la carte sur son casier et je suis revenue.
Bordel de merde !
Nous nous dirigeons vers 4546B, la première planète découverte du système, il y a eût du grabuge là-bas ! Un vaisseau mongol de première classe, terriblement cher et surtout : blindé ! A été abattu par une force inconnue et son équipage est introuvable, peut-être toujours en vie sur la planète ! Alterra a des relations tendues avec le gouvernement Mongol, et a dépêché notre vaisseau pour une mission de sauvetage secrète...
Qu'est-ce qui a bien pût se passer...
« Une force inconnue » Qu'est-ce que ça veut dire bordel ? Si c'était une arme classique, laser, comme nous les connaissons, un seul tir n'aurait pas suffit à abattre un vaisseau comme le Degasi. Il est immense bordel de merde et son blindage ainsi que ces protections sont à la pointe de la technologie défensive ! S'il y avait eût des tirs répétés, ils auraient eût le temps d'envoyer un S.O.S, mais il n'y en a pas eût.
Ils ont été liquidés. En un seul tir, putain.
Un seul tir et ce titan de vaisseau s'est écrasé là bas comme une foutue mouche !
On a pas plus d'infos sur l'origine de la catastrophe. La seule raison pour laquelle ont sait qu'ils sont sur 4546B, c'est grâce à la boîte noire qui a émit avant de « disparaître ».
Une boîte noire ne disparaît pas comme ça, c'est insensé ! Et pourquoi le Degasi se trouvait là-bas ? Qu'est-ce qui l'a abattu ? Et pourquoi ? De ce qu'on m'en a dit : cette planète n'a pas de ressources intéressante pour quelles compagnies que ce soit ! Il n'y a rien de bien là-bas pour une méga-corporation ou pour le gouvernement Mongol !
Tout ça fait aucun putain de sens. Pourquoi aller là bas ? Les chances de survies dans un milieu hostile sont minces surtout si une telle arme se trouve dans les parages et si loin des passages de vaisseau ! Et c'était il y a plus de dix ans bordel ! Ça n'a aucun putain de bordel de sens... Mais surtout, je suis inquiète, car on se dirige droit vers 4546B, sans la moindre idée de ce qu'il s'est réellement passé. Et sans indices sur comment se protéger de cette force impitoyable qui réduira en morceau l'Aurora s'il a déjà abattu le Degasi.
J'ai peur.
Je ne veux pas me faire tuer pour de la politique !
Je ne me laisserais pas faire.

