Chapter Text
"Oui?" demanda Aziraphale, tout ouïe.
Les spectateurs se disputaient les places dans les gradins, les gladiateurs se préparaient.
Le soleil était à l'heure et la terre avait été battue spécialement pour faciliter les déplacements des combattants. En hauteur, deux tribunes étaient disposées spécialement pour accueillir les invités de marque tel l'empereur qui n'avait pas encore fait savoir sa présence.
Aziraphale saisit l'enveloppe que lui tendait le messager et l'ouvrit d'une traite en reconnaissant le cachet de cire.
"Et bien..."
Une fois lue, il l'a rangea dans un de ses plis, se dirigea vers sa tribune attitrée et aussitôt, la foule l'acclama.
Descendant de Néron, l'empereur Aziraphale avait su regagner tout le cœur et l'amour du peuple que son précédent avait perdu. (Ce qui n'avait pas été chose facile.) Être poussé sur le trône à la majorité l'avait bousculé mais jamais il n'avait flanché.
"Il nous conduira à la perte par son inexpérience ! " Crachaient certains dont avoir un empereur aussi jeune était un cataclysme. D'autres voyaient cela comme un nouveau départ : "Il est jeune, il pourra mieux combattre." Des avis très partagés.
Assis sur un trône à son effigie, Aziraphale balaya les gradins d'un air lassé.
Devoir se battre contre un autre parfois jusqu'à la mort pour satisfaire le plaisir d'autrui ne l'avait jamais attiré. Évidemment, il avait mené diverses batailles, pour le bien de l'empire.
A sa droite, sur une petite table, se trouvait une coupelle remplie de fruits et légumes. Il tendit la main pour en attraper un et se figea instantanément.
Erm.. Mon goûteur n'est pas présent, mieux vaut être prudent.
Le nombre de personnes voulant sa place était encore énorme.
Quelques minutes plus tard, les gladiateurs firent enfin leur entrée. Un homme musclé et aux cheveux noirs surnommé " l'ours blanc" salua une première fois le public sous ses acclamations.
C'était le champion de Rome.
Gladiateur de mirmillon, à son actif il ne comptait aucune défaite pour plus de deux-cents victoires consécutives.
Le champion se dirigea vers la tribune de l'empereur pour y faire une révérence, puis, se tourna et regarda l'opposant faire de même. C'était un gladiateur hoplomaque, armé d'un petit bouclier hémisphérique.
Lorsque les deux combattants furent côte à côte, l'empereur Aziraphale se leva pour suivre la coutume et annoncer le début du combat qui ne dura à peine que quelques minutes car l'inconnu au bataillon se fit violemment battre en trois coups d'épée.
"J'aurai été surpris que l'inverse se produit. " dit spontanément l'organisateur des jeux à la droite d'Aziraphale.
"Mhm."
"Pour son deuxième match de la matinée, l'ours blanc affrontera Crawly !" Annonça l'énonciateur d'une voix enjouée.
Le nommé entra sur scène, plusieurs membres du public hoquetèrent de surprise en le reconnaissant. Célèbre pour ses nombreuses victoires et sa seule défaite, Crowley faisait partie des meilleurs gladiateurs de cette époque, ayant même pour titre "Champion de Thrace". Ses pas s'engouffraient dans l'épaisse couche de sable jusqu'à arriver devant la tribune de l'empereur.
Il s'avança pour faire la révérence et se retourna, prêt à combattre.
Aziraphale, intrigué par la montée des voix dans les gradins, se leva à son tour et n'attendit pas pour déclarer le début du combat.
D'accord, en termes de force brute, Crowley était désavantagé. Mais malgré tout, il fut le premier à prendre à l'avantage. Car après quelques minutes d'esquives, il parvient à référer une prise sur son adversaire, mais au moment où il tenta de se servir de sa sica pour mette fin au combat, Crowley se stoppa subitement et sembla avoir du mal à tenir debout. L'air quitta brusquement ses poumons lorsqu'il reçut un coup violent sur le diaphragme. L'ours blanc s'était libéré.
Crowley remarqua un nouvel angle d'attaque. Il pesa de tout son poids sur le corps de l'homme avec sa sica contre son bouclier et le sentit frissonner. Son adversaire banda ses muscles, et cette fois, lorsque sa prise fut brisée, Crowley ressentit une douleur aiguë à l'épaule. Il entendit son souffle s'accélérer.
Il subit une nouvelle attaque et chancela en perdant son bouclier et son épée. L'équilibre mit trop de temps à se faire retrouver et il se fit plaquer sur le dos, immobilisé, et l'obscurité menaçait d'envahir son champ de vision. L'homme exerçait une pression écrasante sur sa tranchée. Crowley lutta, sans succès, manquant de force pour briser son entreprise. Voyant la lame commencer à se lever, il tressaillit.
"Je t'ai déjà battu une fois, mais cette fois-ci, ton heure à sonnée." dit l'homme avec une pointe de fierté dans la voix. Il enleva même son casque pour être sûr que la dernière chose vue par le roux soit son assassin. Quelle gênance.
Manquant de souffle, Crowley ne répondit rien et se contenta de chercher désespérément un angle d'attaque avant que la lame ne s'abatte sur son coup.
Ses dernières forces furent réunies pour tenter de desserrer son emprise et le sentit trembler... assez pour ajuster légèrement leurs positions... trouver un angle d'attaque... Libérer un de ses bras...
Il le frappa directement de côté, à la serrante. Un instant plus tard, Crowley réitérait d'un coup de son poing droit, faisant littéralement mordre la poussière à son adversaire.
Crowley toussa, la gorge meurtrie. Lorsqu'il parvient à respirer correctement, il entreprit de se dresser sur les genoux, puis se leva lentement. La foule semblait avoir fait son choix car elle s'agita encore plus qu'au départ. Mais le combat n’était pas terminé. Bien que son adversaire ne s'était pas encore relevé, Crowley attrapa sa sica à quelques mètres et se dirigea vers lui avant d'écraser sa sandale contre son cou. Puis, se tournant vers l'empereur, leva un sourcil. Aziraphale, les yeux écarquillés, prit un instant pour réaliser cet exploit. Quoi ?
Hommes et femmes l'observaient, attendant son verdict. Attendez, quoi ?
Le regard de Crowley devint plus insistant, sentant bouger l'homme sous lui.
"Je..."
L'homme à sa droite attendit quelques secondes et se pencha vers lui. "Majesté ?"
Son souffle se coupa après une minute, ressentant d'un seul coup la pression sur ses épaules.
C'était impensable. Tout était allé trop vite et maintenant il devait décider du sort de son champion ? Qu'on le sorte de cette situation !
Une sueur froide le parcouru, faisant vibrer ses membres.
Finalement, l'empereur se surprit lui-même en effectuant un geste. Crowley n'attendit pas plus longtemps pour planter sa lame droite en son cœur.
Silence.
Puis... quelques applaudissements timides... Un peu plus... Suivis de tout le public.
Crowley venait de battre le champion de Rome.
La pression redescendit d'un trait, bien que sa main droite tremble toujours. Il souffla un coup et ferma les yeux un instant.
Jamais en deux ans le champion n'avait été battu et le voilà maintenant mort, tué par un nouveau ?
Avant que Crowley ne vienne s'agenouiller face à sa tribune, Aziraphale se pencha vers l'homme à sa droite, les paupières grandes ouvertes.
"Qui est-ce ?" A cette question, l'organisateur ne cacha pas sa surprise face à son manque de connaissances.
"Il se nomme Crawly ,champion de Thrace.
– Lui, vient de battre mon champion ?
– J'en ai bien peur."
Au même moment, l'intéressé se prosterna devant sa tribune et récita une phrase en latin que son dirigeant lui avait appris par cœur.
"Je suis à votre service ô grand souverain, que ma victoire soit à la forme de son empereur."
Ceux qui l'eurent entendu furent surpris, dont l'empereur Aziraphale. Mais comprenant vite la situation, il se leva doucement pour se rapprocher du bord de sa tribune. Pour être certain de se faire comprendre, il parla dans la langue du gladiateur et non en latin.
"Tu n'es pas des miens. Cependant, je me dois de glorifier tout gladiateur qui gagne le combat. Pour ta victoire contre le champion de Rome, de l'or propre te sera remis." Il marqua une pause pour réfléchir, puis, reprit calmement. "Deux lingots d'or pur. Cela te convient-il ?"
Crowley ouvrit la bouche, stupéfait. Il n'avait en aucun cas reçu une somme pareille pour une victoire !
"Je... Euh... Oui. Oui, cela me convient.
–Parfait."
L'empereur se tourna vers un domestique pour lui souffler un ordre pendant que Crowley se remettait de cette récompense en fixant le sol.
Il ne se relèva que lorsqu'un homme l'appella de l'autre côté de l'arène. Il sortit en titubant légèrement, fixé par un regard bleu électrique.
L'empereur Aziraphale resta assis sur son trône jusqu'à ce que les cloches de midi ne sonnent, signifiant la fin des duels de la matinée.
Il se leva et sortit calmement en direction de son palais.
A midi trente le conseil l'attendait pour une réunion d'environ une heure.
Elle dura bien plus qu'une heure.
Le sujet de l'indemnité de la guerre venait de ressurgir et Aziraphale n'était pas d'accord avec la plupart de son conseil. Il est vrai que le pays venait de sortir d'une guerre qui avait duré 1 an contre la Dalmatie et les dégâts étaient... Nombreux. Mais ayant gagné, Rome devait recevoir les compensations du pays ayant déclaré la guerre. Cependant, une partie du conseil voulait consacrer la majorité de cet argent à l'armée pour être plus fort alors qu'Aziraphale pensait plutôt à utiliser cet argent pour rembourser les coûts de constructions des habitations détruites.
"Avoir une armée plus forte nous causerait moins de dégâts au futur." Déclara un des membres du Sénat, s'opposant directement à l'empereur.
"Rome fait déjà partie des puissances les plus fortes mondialement. Il serait préférable d'utiliser cet argent pour reconstruire nos édifices détruits ainsi que les habitations du peuple" Se défendit Aziraphale, les trouvant stupides.
"Pendant ce temps, les autres deviendront plus forts avec de meilleures armées.
– Tandis que les romains mourront de faim si nous suivons votre logique.
– Ils pourraient profiter du fait que nous venons de sortir de guerre pour nous assener un second coup !
– La majorité des pays aux alentours sont nos alliés ! "
Ils débattirent pendant deux heures. Ce fut le parti d'Aziraphale qui l'emporta.
La veine de son front était visible en sortant de l'hémicycle. Les membres avaient beau être des hommes intelligents, leur manière de pensée énervait des fois l'empereur Aziraphale. Sans courtisans, guerriers, peuple, Rome n'est rien. Alors comment peuvent-ils opter pour une armée plus forte si les dégâts initiaux en terme de nourriture et habitations ne sont pas réparés ? Un raisonnement dépourvu de logique, voilà ce que c'était.
Tentant de faire abstraction de cette réunion fructueuse, Aziraphale se dirigea dans sa salle à manger. Midi avait sonné. Dans son immense palais, il dégusta, assis seul à une grande table, les mets préparés par les meilleurs cuisiniers de Rome. Normalement, en tant qu'empereur, il ne devrait pas afficher ses émotions. Néanmoins... la nourriture avait un effet tellement puissant que c'en était impossible. En dessert, il reçut un gâteau aux fraises. (Sa pâtisserie préférée, et ça, le chef des cuisines le savait très bien.)
Il le savoura tranquillement et termina avec une tasse de thé. Au moment où il but une gorgée, on frappa à la porte centrale. En soupirant et d'un geste de la main droite, il ordonna à un garde de l'ouvrir. Un autre garde annonça les titres de la personne. Aziraphale se retrouva nez à nez avec l'empereur des Thraces, Gabriel. Aussi accompagné du fameux gladiateur ayant vaincu son champion.
Le contraste fut frappant : l'empereur dans sa longue tunique de laine blanche avec par-dessus une toge de couleur pourpre, avec sur sa tête une couronne de lauriers semblable à celle d'Aziraphale, excepté qu'elle était dorée, alors qu'à côté, le gladiateur portait une tenue traditionnelle : un chilton semblable à ceux des grecs quoique plus long et plus coloré et en guise de couvre-chef, un bonnet phrygien avec, sur les côtés, de grandes oreilles pendantes pour protéger le cou du froid. Tout deux portaient des embades.
"Oui ?" Dit finalement l'empereur Aziraphale, déçu d'avoir été interrompu dans son repas.
Gabriel répondit d'une voix hautaine, comme toujours."Moi, empereur des Thraces, vient à votre rencontre pour parler du gladiateur Crowley.
– Pour me couper en plein repas, j'imagine que c'est important.
– Ça l'est. Comme vous le savez, nous avons gagné la guerre. Mais sans votre aide, mon pays aurait pu périr. C'est pourquoi, je vous vois en ce jour –
– Venez en aux faits."
Aziraphale en avait marre de cet air que les autres empereurs se permettaient de prendre en sa présence juste pour rappeler le manque d'expérience qu'il avait. Ce n'est pas parce qu'il est jeune qu'il est incapable de diriger un fichu pays !
" ... Pour votre aide cruciale, je vous offre le champion des Thraces, qui a accessoirement battu le vôtre.
– Je décline votre offre." Répondit-il. (Peut-être un peu trop rapidement.)
A cet instant, les gardes eux-mêmes furent légèrement surpris de cette réponse soudaine. Il n'était déjà pas commun qu'un empereur offre son gladiateur à un autre.
" J'insiste. Nous ne pouvons pas vous envoyer de l'argent car les temps sont difficiles mais nous tenons à vous offrir un présent pour tous les efforts donnés.
– C'est la première fois que vous passez de la première personne du singulier à la première personne du pluriel."
Les dents de Gabriel se serrèrent.
"Pourquoi tenez-vous tant à me l'offrir ?
– Vous n'avez plus de champi–
– Vous y perdrez le vôtre.
— Mais c'est un présent ! Les présents ne se refusent pas."
Aziraphale observa plus attentivement le roux à qui on avait ordonné de s'agenouiller.
Il ne doit rien comprendre.
Le blond posa sa tasse de thé et se leva de table pour s'approcher de lui. Arrivé à sa hauteur, il prit doucement son menton avec sa main droite pour remonter son visage. Ses yeux glissèrent de ses cheveux flamboyants à son front perlant, ses yeux perçants, ses joues dénudées de couleurs jusqu'à sa bouche. Rapidement, il enleva ses doigts et, les sourcils froncés, planta son regard dans celui du gladiateur.
"Pourquoi l'avoir drogué ?
– Pardon ? S'exclama Gabriel.
– Sa respiration est courte et il est pâle comme un chien." Il chuchota le dernier mot pour ne pas faire entendre son léger juron.
"Je ne l'ai pas drogué." Affirma Gabriel. "Peut-être n'a-t-il juste pas encore récupéré le combat ?"
Aziraphale relèva la tête vers l'empereur et le fixa calmement. "Un gladiateur de ce type récupère facilement. Non, lui a été drogué et cela se voit. N'avez-vous pas remarqué ses pertes d'équilibre pendant le duel et ses fixations de points imaginaires ?
– Je dois avouer que non.
– Vous l'avez sûrement drogué avec un certain type de champignon.
– Pourquoi continuez-vous de m'accuser ? De quel droit me permettrai-je de droguer mon gladiateur le jour de son combat avec le champion de Rome ? Ce serait complètement absurde."
Aziraphale ne répondit rien et reporta son regard sur le sujet de la conversation. Il réfléchit quelques instants à quelle solution serait la plus appropriée à cette situation. Accepter ce présent serait un avantage, déjà parce qu'un nouveau champion, visiblement plus fort, s'offrirait à Rome, mais surtout que cela renforcerait les liens entre Thrace et Rome, qui pourraient être utiles plus tard. Cependant, accepter signifierait aussi devoir faire preuve de méfiance vis-à-vis du fait qu'il pourrait s'agir d'un espion.
Quelques secondes plus tard, Aziraphale se tourna finalement vers Gabriel, un sourire artificiel accroché à ses lèvres blêmes.
"Veuillez pardonner mon moment d'égarement. L'offre tient-elle toujours ?
– Toujours.
– Je l'accepte.
–Parfait."
Lorsque les portes furent refermées, il fixa Crowley une paire de secondes et ordonna aux serviteurs qu'on le soigne et le vêtit d'habits romains. Le gladiateur, trop fatigué, se laissa faire.
On l'emmena aux bains où il fut lavé par des mains soigneuses. Le combat eut lieu il y a des heures déjà mais les effets néfastes de la drogue semblaient toujours actifs. Par moment, Crowley crut s'évanouir.
Après sa toilette faite, il fut transporté dans la cubique de l'ancien champion de Rome qui, était plutôt somptueuse. C'était une grande pièce sans fenêtre mais ouverte du côté gauche ou droit, selon le point de vue, sur l'atrium. Un grand lit dont la tête était collée au mur remplaçait les lits traditionnels, ressemblant plus à des canapés qu'autre chose. La décoration était dans les tons dorés et rouges.
Crowley s'offusqua du manque d'intimité qu'il aurait en dormant ici jusqu'à qu'il remarque les rideaux positionnés aux extrémités du côté ouvert.
A peine eut-il le temps de s'asseoir sur son lit qu'un homme chargé d'une petite valise entra dans la pièce. Crowley prit du temps pour distinguer ses traits.
"Bonjour ! Je me nomme Pascal, le médecin chargé de votre santé mais aussi de toutes celles présentes dans l'enceinte du palais royal.
- Quoi ?"
Le médecin n'attendit pas de réponse pour s'avancer vers lui et prendre son pouls et sa température.
"Votre pouls est stable... Cependant votre température est plus haute que la moyenne."
L'homme ouvra les paupières du gladiateur pour inspecter ses yeux. Il se recula ensuite d'un mètre.
"Combien de doigts voyez-vous ?"
Crowley remarqua les cinq doigts d'une main levée.
"Cinq." Répondit-il en latin avec son fort accent Thrace. Heureusement que sa mère lui avait enseignée les bases étant petit.
Le médecin se mordit la lèvre en fronçant les sourcils. Il s'avança de nouveau et demanda l'autorisation d'enlever sa simple tunique de laine blanche. Quelques secondes de silence suffirent à l'homme pour se souvenir de ce qu'avait dit l'empereur, il répéta donc sa demande dans la langue du gladiateur.
"Puis-je retirer votre tunique pour inspecter votre corps ?"
Crowley acquiesça et se leva pour lui faciliter la tâche.
Pascal remarqua l'effort prodigué par le gladiateur juste pour se lever mais ne dit rien.
Après inspection, il ouvrit sa valise pour en sortir des bandages. Crowley fut soudainement pris de vertiges et dut se raccrocher à l'épaule du médecin pour ne pas tomber. Pascal le retint et l'incita à se reposer sur le lit. Mais lorsqu'il commença à s'approcher avec les bandages, Crowley se leva brusquement et s'éloigna de deux mètres.
"Non ! Cria-t-il.
– Je ne vais pas vous faire de mal.
– Du mal ? Comme tout le monde ! Comme les oiseaux !
– Très bien parlons des oiseaux ! Décreta le médecin en se rapprochant légèrement tandis que Crowley reculait.
– Pascal, c'est ça ? Oh quel joli nom pathétique ! Vous l'êtes tous !"
Il ne rétorqua rien et se contenta d'avancer prudemment.
"Oh oui, je le vois votre petit jeu ! Si, si ! Vous voulez me découper en rondelles pour servir les crocodiles ! Ô une hirondelle ! Ai-je déjà dit que j'aime les hirondelles ? Non ! Éloignez ce monstre de moi ! Arrière ! Je suis Crowley, tu ne sais pas à qui tu as à faire !"
Le gladiateur cessa brusquement tout mouvement et fixa un point imaginaire. La pièce fut soudainement vide d'air. Ses yeux bruns se posèrent sur le médecin qui avait arrêté d'avancer, à un mètre. Le mélange d'émotions qui se lisait dans ses yeux était impossible à traduire. La tension les assoma. Il le fixait digne d'un lion prêt à abattre sa proie.
"Crawly, je suis votre ami. Je vous veux du bien." Il posa ses bandages à terre et leva les mains en l'air. "Nous sommes amis, amis.
– Je n'ai pas d'amis.
– Vous en avez un, maintenant.
– J'ai dit : Je. N'ai. Pas. D'amis."
Cette fois-ci, ce fut l'inverse. Crowley commença à s'avancer près de l'homme qui ne faisait que son métier. Ce dernier reculait au même rythme que lui.
"Gardes ! Gardes!" Cria-t-il avant que le gladiateur ne le saisisse, le soulève et le plaque au mur. Ses pieds ne touchaient plus le sol.
"Espèce d'homme pathétique ! " Lui hurla-t-il au nez avant que les gardes ne le saisissent par les bras.
Crowley se débattit tellement qu'ils durent être quatre pour le maîtriser complètement. Pascal se chargea de rapidement lui injecter une dose de propofol pour l'endormir. Chose faite, il ordonna qu'on le laisse sur le lit. "Prévenez l'empereur."
