Work Text:
- Okay, okay, et si tu essayais, au lieu de râler, d’imaginer qu’elle veut peut-être juste nous adresser ses plus chaleureuses et sincères félicitations pour avoir terrassé Gwi-Ma-
- On a failli mourir, Zoey.
- … restauré le honmoon-
- … que Rumi avait détruit.
- … et sauvé le monde d’une déferlante démoniaque ?
La façon dont cette combinaison particulière de mots roulait sur sa langue plaisait beaucoup à la rappeuse. Il faudrait qu’elle s’en souvienne. La vision quelque peu idéaliste qu’elle venait de dépeindre, avec l’enthousiasme d’un enfant persuadé d’avoir trouvé un argument infaillible pour convaincre ses parents d’adopter un chiot, la ragaillardit, et elle se lança avec une ardeur renouvelée dans une imitation passable de leur mentor :
- « Yo, les filles, super boulot, je suis tellement fière de vous, vous êtes les best », tout ça tout ça. Accolade, larmes d’émotions.
Zoey termina sa tirade la main sur le cœur, posant dramatiquement au beau milieu du sentier. Seul le chant des insectes grouillant sur la montagne répondit à sa performance, avant que Mira, dont la moue boudeuse s’était petit à petit muée en sourire sceptique mais amusé, ne laisse soudain échapper un rire proche d’un ronflement de cochon (ce qui tendait à arriver dès que Mira riait un peu trop fort). Ce qui eu pour effet de faire s’envoler quelques oiseaux.
- « Yo, les filles ? » Céline ? Soit tu t’es pris cette branche trop fort un peu plus tôt… soit tu dois revoir ton jeu d’actrice. Et d’urgence.
- Je croyais qu’on était d’accord pour faire comme si ce n’était jamais arrivé !
Apparemment, sa taille ne la dispensait pas de faire attention aux branches basses. Elle sentait encore sur son nez l’impact de celle qu’elle avait percutée de plein fouet, alors qu’elle exposait à Mira une autre de ses hypothèses fantaisistes. Son amie enjamba une racine avec aise, un rictus légèrement moqueur au coin des lèvres. Zoey refusa de se laisser démonter :
- Je sais qu’elle ne le dirait pas comme ça, évidemment. Mais elle essaierait de garder un air stoïque, sans pouvoir dissimuler toute l’immense estime qu’elle a pour nous, avant de nous avouer que nous sommes des chasseresses incroyables et balèzes et que nous honorons nos prédécesseuses !
- On parle de Céline, ou de toi, là ?
- Hey !
Mira ignora ses protestations en pouffant avant de prendre plusieurs mètres d’avance sur le chemin tortueux menant au sanctuaire.
- Non mais attends-moi ! Tu vas trop vite avec tes jambes de géantes !
Lorsqu’elle parvint à son niveau, Zoey vit que l’expression de son amie s’était de nouveau renfrognée. Bien que ses mains soient dissimulées dans ses poches, elle devinait les poings de la jeune femme aussi serrés que sa mâchoire était tendue.
- Si elle avait vraiment voulu nous féliciter, alors pas besoin de nous faire escalader la montagne.
- Allons, une petite randonnée n’a jamais tué-
- Et elle aurait demandé à voir Rumi aussi, enchaîna Mira sans lui laisser le temps de finir.
Elle balbutia, mais ne trouva rien à répondre, et reprit sa marche en silence. La morosité ambiante avait finalement eu raison de toutes ses tentatives de détendre l’atmosphère avec des blagues. Elle reconnaissait sa défaite.
La demande de Céline à les rencontrer toutes les deux au sanctuaire la troublait autant que sa consœur, néanmoins, aussi troublantes puissent-elles être, on remettait rarement en question les demandes de Céline. La rigueur implacable qui la caractérisait durant leur formation ne souffrait aucune marge d’erreur.
Ou du moins, c’était ce qu’elles avaient toujours cru. L’intransigeance de leur professeure possédait apparemment des exceptions, une exception en particulier, qui planait au-dessus de leurs têtes comme un nuage orageux depuis qu’elles avaient quittés leur logement ce matin. Et dans le cas de Mira, la tempête n’allait visiblement pas tarder.
- Elle s’est peut-être dit que Rumi n’aurait pas envie de la voir, hasarda Zoey d’une petite voix.
Elles avaient proposé à Rumi de les accompagner quand même, alors qu’elles étaient sur le point de partir, la porte déjà entrouverte, tout comme elles l’avaient fait en recevant le mail de Céline, et plusieurs fois entretemps. Et une fois de plus, Rumi avait décliné, sans lever les yeux du clavier du piano devant lequel elle s’était installée, jouant des accords au hasard. L’arc de ses sourcils, et surtout la façon dont ses doigts avaient distraitement tracé les motifs dépassant de sous son t-shirt et courant sur ses bras, n’avait échappé à aucune des deux.
- Non, allez-y sans moi. Je ne vais pas m’imposer si c’est vous qu’elle veut voir. Je reste ici pour bosser sur cette nouvelle chanson et… surveiller Derpy.
Le tigre bleu roulé en boule à ses pieds en une grosse masse poilue avait émis un ronronnement d’approbation. Rumi fredonnait à présent une mélodie comme si de rien n’était. Elles avaient donc laissé tomber, ne prenant pas la peine de soulever que si Derpy pouvait être surveillé, alors elles pourraient aussi bien tenter de le promener en laisse en pleine rue, ni qu’il s’agissait techniquement d’un de leurs rares jours de congés, et encore moins de ce qu’elles savaient toutes sans que personne l’ait directement mentionné : que depuis les Idol Awards, Rumi ne répondait plus ni aux messages, ni aux appels de Céline.
Et qu’il n’était pas difficile de comprendre pourquoi. Zoey avait encore du mal à croire certaines des choses qu’elle avait apprises sur ce qui s’était passé ce soir-là.
- Hm. Peu importe ce qu’elle nous veut, il y a intérêt à ce que ça inclue des explications. Je ne peux pas faire comme s’il ne s’était rien passé.
Zoey l’entendit encore, l’orage qui grondait dans sa voix.
Le sentier grimpait une pente plus abrupte encore, mais une fois cette épreuve passée, le sanctuaire s’étendrait enfin à leurs pieds. Mira prit une profonde inspiration :
- Bon, on va pas y passer la journée.
Elle franchit la distance qui les séparaient du sommet avec bien plus d’énergie que nécessaire avant de dévaler quatre à quatre les marches de pierre, ses cheveux roses rebondissant sur ses épaules.
Zoey grimaça, l’estomac contracté, alors qu’elle descendait l’escalier à son tour, les mains croisées sur le ventre, une marche à la fois. Dans les faits, Rumi était en froid avec Céline, pas elles, et dans les faits, Céline n’avait rien fait de mal, seulement… depuis toute la récente situation, ça se bousculait dans leurs têtes à elles aussi. En tout cas, ça se bousculait dans la sienne, c’était certain.
Quant à Mira, la chorégraphe semblait être une bombe prête à exploser à tout moment, ce qui voulait dire que Zoey aurait besoin de toute sa diplomatie légendaire pour garder la discussion à venir sous contrôle, parce qu’elle ne voulait PAS voir ce qui se passerait si Céline pressait le détonateur.
Oh, leur canapé lui manquait tellement. Il savait toujours comment la réconforter dans ce genre de moments. Comme elle avait hâte de rentrer le retrouver.
Céline se tenait sous l’arbre gigantesque occupant le centre du sanctuaire, les longues bandes de tissus pendues à ses branches ondulant paresseusement sous la brise. Même à cette distance, et le dos tourné, elle en imposait. Mira et elles s’arrêtèrent à mi-chemin, échangèrent un regard chargé d’incertitudes. Zoey posa brièvement sa main sur son épaule, autant pour l’inciter au calme que pour l’encourager. Leur mentor quitta enfin le feuillage luxuriant des yeux en les entendant arriver :
- Mira, Zoey, je suis soulagée de vous voir.
Céline souriait, du même sourire aimable mais maîtrisé dont elle les avait toujours gratifiées. Zoey se dressa de toute la hauteur dont elle pouvait faire preuve. C’en était presque ridicule : les années passaient, mais le désir irrépressible d’impressionner l’ancienne idole dès que celle-ci posait les yeux sur elle ne la quittait pas.
- Bonjour Céline, répondit simplement Mira.
Malgré son ton décontracté, couplé à sa posture respectueuse, Zoey ne s’y trompait pas. Mira était tendue comme un arc. Elle ne pouvait s’empêcher d’en être admirative : entre elles trois, Mira était celle qui osait le plus tenir tête à ses aînés, surtout lorsqu’elle était convaincue qu’ils avaient tort, et visiblement même Céline n’échappait pas à la règle.
- Je vous remercie d’avoir fait le déplacement. Je vous aurai appelées, mais il y a certaines choses qui doivent se dire en face à face.
Ça ne sonnait pas particulièrement bon, mais pas forcément mal non plus. Zoey s’enthousiasma :
- Serait-ce à propos de la raclée magistrale que l’on a collée au roi des démons en personne ?
Le sourire de Céline se réduisit de quelques centimètres, juste assez pour que cela fasse une différence :
- Oui, cela aurait été un véritable désastre si Gwi-Ma s’était pleinement matérialisé de notre côté. Trois chasseresses n’auraient pas suffi à l’arrêter, lui ou l’armée de démons qu’il aurait fait déferler sur notre monde.
Et juste quand Zoey pensait ses espoirs sur le point de se réaliser, Céline regarda dans le vague une seconde, juste une, et une ombre y passa furtivement, juste le temps qu’elle souffle :
- Je suppose que le honmoon d’or devra être repoussé d’une génération ou deux.
Une simple remarque qui suffit à réduire son petit nuage en miettes. L’envie de se recroqueviller aussi petite qu’une souris dans son trou submergea toute autre pensée, et elle se mordit la lèvre. Bien qu’elle n’en ait pas besoin, Mira, au contraire, redressa le menton, gagnant encore quelques centimètres sur Céline :
- Ouais… désolée pour ça. Et donc, pourquoi est-ce que vous vouliez nous voir ici, Zoey et moi, et juste Zoey et moi ?
- Mira ! grinça Zoey entre ses dents.
Si elle avait perçu le sous-entendu, ou la tension qui venait de s’installer, Céline n’en montra rien. Son sourire, cependant, avait totalement disparu, et elle resserra son châle autour d’elle, la mine assombrie, prononçant ses mots suivants presque avec prudence :
- Très bien. Je ne ferai pas durer ceci plus longtemps que nécessaire. Je voudrais mettre la situation au clair, et aussi vous demander quelque chose. Après… après tout ce qui s’est passé le soir des Idol Awards, je pense que Rumi vous a tout expliqué. Ce qu’elle est.
Mira n’aurait pas grimacé autrement si elle avait mordu à pleines dents dans un citron.
Plus de secrets, elles s’étaient mises d’accord là-dessus. Cette soirée avait nécessité plusieurs boîtes de mouchoirs et une quantité absolument impie de snacks, mais oui, Rumi leur avait tout raconté. Comblé des blancs dans son histoire, levé le voile sur tous les non-dits, toutes les précautions murmurées derrière des portes closes, tout ce qui se déroulait en coulisse là où Mira et elle n’avaient pas eu accès.
Ce qui incluait la confrontation avec la femme qui les avait formées, et qui l’avait élevée depuis sa plus tendre enfance.
Y compris la manière dont celle-ci l’avait repoussée. Après que Rumi lui a tendu sa propre arme, lui demandant de lui ôter la vie.
Zoey se mit à se tordre les mains. Les bons mots à dire, les mots apaisants, auraient été qu’elles comprenaient, que Céline avait voulu bien faire en leur cachant la vérité. Sa propre formation lui dictait de le faire. Qu’elles ne l’avaient pas vraiment bien pris, au début, mais… non, pas ça. Juste les mots qui éviteraient de déclencher un conflit qui n’aiderait personne.
Mais pas les mots qui exprimeraient la détresse de Rumi alors qu’elle luttait pour continuer à parler, parler de la seule figure parentale qu’elle ait connue et qui n’avait pas pu mettre son enseignement de côté, même pour elle, tantôt prenant sa défense, tantôt lui adressant tous les reproches qu’elle avait ravalé avec son secret en grandissant. Céline avait refusé de lui porter le moindre coup, clamant apparemment qu’elle ne pouvait pas, dieu merci, mais ça ne l’avait pas empêchée de laisser des plaies encore béantes.
« Je voudrais la détester. Ce serait tellement plus facile si je la détestais. »
C’était la dernière chose qu’elle avait pu articuler avant que les sanglots ne rendent ses paroles inintelligibles et qu’elle finisse par s’endormir sur les genoux de Mira, qui dessinait des cercles dans son dos tandis que Zoey lui tressait les cheveux. Ça lui avait brisé le cœur. Le même cœur qui l’empêcha de dire autre chose que :
- Oui. Elle, elle nous expliqués, oui.
- Je vois.
C’était tout. Un simple constat, sans fioritures.
- Vous devez sans doute m’en vouloir de vous avoir caché la vérité.
Elle redressa la nuque si vite qu’elle émit un craquement inquiétant. Mira arborait la même surprise qu’elle. C’est là qu’elle vit Céline baisser les yeux pour la première fois de sa vie.
Mais une seconde, une seule. Lorsqu’elle les regarda de nouveau, elle était plus résolue que jamais.
- Cependant, j’ai fait ce que j’avais à faire pour protéger l’unité du groupe et le honmoon.
Quoi ?
- Nous étions à un stade critique de sa consolidation, nous ne pouvions pas nous permettre d’être divisées. Il n’y avait pas d’autre solution. C’est cela qui a repoussé les démons pendant des générations, c’est en présentant un front uni et solide qu’ils ont été tenus en respect de l’autre côté de la frontière.
Non. Non, c’est parce que vous nous l’avez caché qu’il s’est produit exactement ce que vous vouliez éviter ! Elle voulait protester. Céline leur avait appris tout ce qu’elle savait, Huntrix devait son succès en partie aux enseignements précieux de l’ancienne figure de proue des Sunlights Sisters. Ses conseils avaient été inestimables pour les débutantes qu’elles étaient. Mais cacher dans l’ombre leurs parties les plus déplaisantes, cela n’avait fait que miner la cohésion du groupe jusqu’à ce qu’il s’effondre sous son propre poids. Céline pouvait comprendre ça, non ? Il suffisait qu’elle lui explique. Qu’elle parle. Mais la boule de nœud qui logeait dans son estomac bloquait à présent sa gorge. Dis-lui. Dis quelque chose, bon sang !
- L’ordre n’a été rétabli que de justesse, et il est encore fragile. Et ses marques, elles ne sont pas parties, n’est-ce pas ?
- Où est-ce que vous voulez en venir ? intervint Mira, dont le calme apparent commençait à se fissurer d’impatience.
Zoey craignait de connaître la réponse.
- Un honmoon d’or étant censé effacer toute trace d’énergie démoniaque de notre monde, je croyais qu’il en débarrasserait du même coup Rumi de sa part de démon. À présent, je me demande si cela aurait suffi. J’espérais qu’elles n’interféreraient pas avec son devoir, mais mes pires craintes se sont avérées fondées. Elles ne s’étaient jamais autant propagées avant ce soir-là. Elle s’est téléportée devant moi, et…
Céline s’arrêta soudain, comme si elle craignait soudain d’en avoir trop dit.
- Mais elles sont revenues à leur état normal, n’est-ce pas ?
Normal ? Qu’est-ce c’était censé vouloir dire ? Comment pourraient-elles le savoir ? Elles ignoraient l’existence de ces marques jusqu’à récemment, Rumi était celle qui avait dû vivre avec !
- Je- Je ne sais pas. Oui, je suppose.
Céline poussa un soupir de soulagement.
- Bien. C’est… bien. Mais une telle chose ne peut pas se reproduire. Nous avons failli perdre le honmoon. J’ignore comment la situation va évoluer, mais je dois vous demander d’être vigilantes. Au moins jusqu’à ce que nous ayons formé de nouvelles chasseresses.
Mais qu’est-ce qu’elle racontait ? Zoey s’était mise à triturer les petites peaux près de ses ongles, proches de les arracher. Elle ne pouvait plus se taire, peu importe ses réticences à contredire Céline :
- Mais Rumi n’est pas dangereuse ! C’est une chasseresse comme nous, c’est…
Ma collègue, ma meilleure amie, un peu ma grande sœur. Les marques l’avaient horrifiée, la première fois qu’elle les avait vues, mais pas parce qu’elles étaient laides. Parce-que Rumi les lui avait cachées. Parce-que l’idée de ces symboles de l’ennemi ancrés sur la peau d’une des personnes à qui elle faisait le plus confiance avait été intolérable. Sur le moment. Mais au bout du compte, qu’est-ce que ça pouvait bien faire, qu’elles soient là ? Rumi restait Rumi, même avec ces sillons nacrés qu’elles avaient appris à ne plus voir comme un signe de danger, mais simplement comme une autre de ses facettes. Quand elle lui avait dit qu’ils lui allaient bien, qu’ils lui donnaient un air de guerrière badass, elle le pensait, et Rumi avait ri. Sincèrement. Un jour, elles se demanderaient pourquoi elles en avaient fait tout un plat à l’époque, c’était certain.
Alors, pourquoi est-ce que Céline…
- Tout ce que je vous demande, c’est de garder un œil sur elle. De vous assurer que la situation ne dégénère pas à nouveau, et… de m’avertir s’il devait se passer quoi que ce soit.
Tout ce qu’elle aurait pu répondre mourut sur ses lèvres. Ses yeux choisirent de fixer le bout de ses chaussures, parce qu’elle ne pouvait pas regarder Céline en face si elle voulait vraiment dire ce que Zoey croyait qu’elle voulait dire.
Heureusement, Mira ne s’était jamais embarrassée de formalités, et elle n’allait certainement pas commencer aujourd’hui :
- Par « garder un œil sur elle », vous voulez dire la surveiller ?
- Je voudrais que vous me teniez au courant si Rumi devait à nouveau perdre le contrôle. Elle était instable la dernière fois que je l’ai vue, elle l’est peut être toujours. Je sais que je peux compter sur vous.
Zoey parvint tout juste à articuler, la gorge serrée et le sang battant à ses tempes, sans quitter le sol du regard :
- Vous ne pouvez pas penser ce que vous dites.
- J’y crois pas. Vous voulez qu’on l’espionne. Qu’on agisse dans son dos.
Mira parlait rarement d’un air aussi défait. Et soudainement, ce que Céline pouvait penser ou pas de sa conduite ne lui apparut plus comme ayant aucune espèce d’importance. Zoey redressa la tête, réfrénant une envie de pleurer :
- Comment est-on censées former un groupe soudé si vous continuez à dresser ces barrières entre nous ?
Elle s’attendait à ce qu’elle s’énerve, mais Céline s’approcha doucement pour prendre ses mains dans les siennes, et Zoey eut presque un mouvement de recul.
- Zoey, je ne cherche pas à me mettre entre vous, loin de là. C’est même tout le contraire. Je suis de votre côté, mais j’ai toujours un devoir à accomplir. Un devoir qui doit passer avant tout, surtout avant mes considérations personnelles.
Et c’est là que Mira explosa. Zoey était encore trop choquée pour chercher à l’arrêter : elle laissa le tout dégénérer comme dans un film dont elle ne serait que spectatrice.
- Le devoir, le devoir, et Rumi dans tout ça ?!
Son ton était proche de la supplique.
- Elle vous a tout donné, elle ne s’est pas relâché une seconde, tout ça en gardant le secret comme vous lui aviez demandé, tout ça, ça ne compte pas ? Vous lui faites si peu confiance ? Vous nous faites si peu confiance ?
- Et lorsque vous avez vu ses marques, vous l’avez immédiatement acceptée ? Cette révélation n’a causé aucune dissension entre vous ?
Ça, c’était un coup bas. Que la pique soit intentionnelle ou non. Ah, voilà, indignée, c’était ça le mot, c’était ainsi qu’elle se sentait. Est-ce que Céline n’allait vraiment rien dire pour sa défense ? Mira respirait très fort, d’un coup.
- C’est bien ce que je pensais, asséna froidement leur mentor. – Je savais que ça se passerait ainsi, c’est pour ça que j’ai estimé plus judicieux de garder la vérité secrète, au moins jusqu’à ce que Gwi-Ma soit-
Zoey ne réfléchit même pas, elle l’interrompit sèchement, avant même que Mira ait pu répliquer quelque chose d’acerbe et cru :
- Vous ne saviez rien du tout ! Vous ne nous avez pas laissé le choix !
- J’ai fait de mon mieux !
Elle ne put s’empêcher de sursauter. Même Mira recula d’un pas. Quand était la dernière fois que Céline s’était réellement mise en colère ? Non, c’était plus que de la colère. Il y avait autre chose, alors qu’elle s’emportait complètement, tirant furieusement sur son châle :
- J’ai dû ramasser les morceaux toute seule, sans personne d’autre pour protéger le honmoon, et avec une enfant à élever, une enfant qui portait ses marques. Ça a été difficile, mais je l’ai fait. Et est-ce que je ne vous ai pas formées du mieux que j’ai pu ? Regardez où vous êtes maintenant, ce n’est ni le moment de nous disputer, ni de nous relâcher !
Quelques douloureuses secondes de silence passèrent, pendant lesquelles Zoey ne put que rester figée à nouveau, déchirée. Ce fut Mira qui répondit à ce qui n’était pas une question, doucement, mais l’effet n’aurait pas été différent si elle avait hurlé :
- Je croyais que je faisais ce qu’il fallait aussi. Mais j’ai fait du mal à quelqu’un auquel je tiens beaucoup, tout ça à cause de votre stupide secret. Vous avez laissé Rumi souffrir en silence parce que vous préfériez faire semblant que sa part de démon n’existait pas. C’est pour ça que… j’ai un peu de mal à croire que vous nous auriez jamais dit la vérité si votre plan avait marché et que les marques avaient juste disparu.
Les lèvres de Céline s’étaient réduites à une fine ligne, les bras serrés autour d’elle, presque tremblante. Les mots de Mira pouvaient posséder une morsure féroce, mais Zoey ne l’avait jamais vue avoir un quelconque effet sur Céline jusque-là.
- Rumi n’est pas un monstre. Je sais, articula Mira comme si les mots lui coupaient les lèvres alors qu’elle les prononçait, ce que ça fait quand votre propre famille vous voit comme une étrangère, Céline. Le fait de savoir que le problème, c’est vous, c’est ce que vous êtes, au plus profond de vous. Ça fait mal. Comment vous avez pu penser que je ne comprendrais pas ?
Cette fois, elle avait bel et bien crié, le visage rouge et des larmes de rage s’accumulant derrière ses lunettes. Il n’était plus juste question de Rumi : c’était personnel. Céline ouvrit la bouche, peut-être pour une dernière protestation, mais elle la referma aussitôt.
Rien. Il n’y avait plus rien à dire. Mira renifla, et lorsqu’elle parla, sa voix était comme étouffée :
- Viens, Zoey. On perd notre temps.
Zoey ne fit rien pour la stopper tandis qu’elle retournait vers le sentier, sans un regard derrière elle. Il ne restait plus qu’elle et Céline, et un silence qui en disait suffisamment long. Elle aurait souhaité être n’importe où plutôt qu’ici.
- Zoey…
Du coin de l’œil, elle vit les épaules de Céline tressauter, et son cœur flancha, un tout petit peu. Elle n’avait jamais vu Céline pleurer. En fait, elle n’avait jamais vu Céline exprimer quoi que ce soit d’autre qu’une parfaite maîtrise d’elle-même. Une petite part d’elle songea à la réconforter, peut-être à chercher d’autres mots, qui adouciraient la situation, dilueraient la conversation qui venait d’avoir lieu. Mais elle n’était plus la toute jeune maknae qui aurait tué pour un compliment de sa part.
Peut-être les croyances ancestrales étaient-elles trop profondément enracinées chez Céline pour qu’elle puisse comprendre. Ça n’avait pas vraiment d’importance. Là où il n’existait autrefois qu’une différence d’expérience se tenait à présent un gouffre béant, et Zoey ne se romprait pas le cou en essayant de le franchir.
Elle n’attendit pas que Céline lui demande de partir : elle tourna les talons et courut jusqu’à plus au moins mi-chemin, ou en tout cas autant qu’elle le pouvait sans dévaler la pente sur les fesses.
Personne ne descendait une montagne aussi rapidement qu’une Mira furieuse.
Un silence de mort plomba une grande partie du trajet de retour.
Dans le bus qui les ramenait dans les rues embouteillées de Séoul, Mira fixait obstinément les immeubles qui défilaient derrière la fenêtre, la bouche écrasée contre son poing fermé. Zoey, ratatinée sur son siège, avait l’impression que quelqu’un venait d’évider son cœur à la petite cuillère pour ne laisser qu’une enveloppe creuse et friable. Les genoux remontés contre sa poitrine, la rappeuse se surprenait à imaginer qu’en se faisant suffisamment petite, elle finirait par fusionner avec le siège.
Ç’avait été une chose que de l’imaginer. Entendre Céline le dire, c’en était une autre. Le pire dans tout ça, c’était sans doute que Zoey ne doutait pas une seconde qu’elle avait de l’affection pour Rumi. Mais ça n’avait pas suffi.
Autrefois, le sanctuaire avait été un lieu d’entraînement acharné, où elles avaient sué, saigné, pleuré, d’où elles étaient rentrées les muscles meurtris et les mains caleuses. Mais où elles avaient aussi plaisanté, fait connaissance, où elles s’étaient mutuellement relevées autant de fois qu’il le fallait, la chrysalide d’où s’était extirpé leur trio pour s’envoler en tant que Huntrix. Céline leur avait assuré qu’elles y étaient en sécurité, qu’en donnant le meilleur d’elles-mêmes elles deviendraient des artistes et des combattantes méritantes. Qu’elles ne devaient pas y réprimer ce qu’elles étaient, mais au contraire, qu’elles devaient l’exploiter. Que ça ne les en rendrait que meilleures. Mais apparemment, pas au-delà d’une certaine limite. Soyez-vous-mêmes, mais pas trop, juste ce qu’il faut, juste ce que vous pouvez montrer sans défier nos précieux principes. Comment est-ce qu’elle avait pu louper ça ?
Elle aurait donné n’importe quoi pour revenir à l’époque où elles s’amusaient insouciamment des manières de Céline lorsque celle-ci ne les regardait pas, quand elles n’étaient encore que des novices éreintées après une longue journée de pratique. Tour à tour, elles grimaçaient et imitaient sa façon de réciter ses instructions d’une voix sévère jusqu’à-ce qu’elles en aient fait le tour, et qu’il ne leur restait plus qu’à en inventer, celles-ci devenant alors de plus en plus grotesques. Elles finissaient écroulées de rire, les abdos douloureux, mais une douleur agréable. Les longues conversations jusque tard le soir, les mots d’encouragements, les inside jokes, même un simple « passe-moi le Ssamjang », tout ça avait servi à tisser l’amitié solide qui leur avait permis de tenir bon pendant une formation exigeante.
Mais même cela avait été, au moins en partie, une illusion. Pendant qu’elles se marraient, Rumi devait probablement cacher ses marques avec la peur constante qu’un pas de travers les expose. Personne ne lui avait dit de se montrer telle qu’elle était, mais au contraire qu’elle n’avait pas d’autre choix que de se cacher. Qu’il n’existait qu’une seule version d’elle qu’il soit acceptable de montrer.
Oh, comme ce sentiment était familier. On ne peut pas gagner sans ta voix, Rumi. Si seulement elle avait su toute la pression que ces mots avaient contenue, alors… elle n’avait pas voulu ça. Mira non plus. C’était quand même arrivé. Vous ne nous avez pas laissé le choix. Peut-être qu’elles avaient précipité tout cette histoire sans le savoir, peut-être qu’elles étaient tout aussi coupables que Céline, même si ça n’aurait été qu’une question de temps avant que Rumi craque, de toute manière. Au bout du compte, les choses étaient bien mieux ainsi, mais elle ne pouvait pas s’empêcher de s’en vouloir.
- Je n’arrive pas à croire que je n’ai rien vu.
Le bus était de nouveau à l’arrêt, pris en sandwich entre deux longues files de véhicule. Le ciel virait petit à petit à l’orange et au saumon à mesure que le soleil approchait de l’horizon. Mira quitta sa contemplation de la fenêtre, tambourinant des doigts contre le rebord. Elle avait retrouvé son calme, mais c’était comme si son bref accès de colère l’avait vidée de toute son énergie :
- J’ai commencé à vraiment me douter qu’il y avait un truc pendant toute cette histoire à propos de Takedown, mais avant ça… enfin, j’ai toujours eu l’impression que Rumi maintenait une distance entre nous, mais je me disais qu’elle était simplement discrète. Ou professionnelle. Il lui avait fallu un peu de temps pour s’ouvrir, alors je ne voulais pas pousser trop loin.
Zoey eut un petit rire triste. Quand elles avaient rencontré Rumi, elle l’avait d’abord crue timide. Zoey parlait beaucoup, parlait fort, parlait vite, blaguait à tout bout de champ et se retenait encore plus difficilement de raconter sa vie maintenant qu’elle avait des filles de son âge à qui parler. Sans pouvoir contrôler cet aspect de sa personnalité, elle avait eu peur d’effrayer Rumi, mais elles s’étaient rapidement bien entendues. Puis elle avait laissé Zoey dessiner une tortue sur son sac, et elle avait su que c’était pour la vie. Rumi avait déjà ce côté un peu trop sérieux, dévouée disait Céline, mais ce n’était qu’un signe de plus qu’elle était faite pour ça, pas vrai ? Rumi était l’enfant prodige, l’exemple à suivre. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit une élève assidue. Voire un peu plus qu’assidue.
- On tournait ça en plaisanterie à chaque fois qu’elle refusait de se poser cinq minutes, continua Mira, comme si elle lisait ses pensées. - « C’est du Rumi tout craché, toujours à bosser dur, jamais une seconde pour souffler ». On riait, pendant qu’elle se tuait à petit feu. Obligée de se cacher.
- Hey.
Quelques sièges plus loin, un enfant se mit à vagir. Quand Zoey pressa le bras de Mira, elle vit que ses joues brillaient légèrement sous les reflets du soleil déclinant.
- Et je n’ai rien vu.
Lentement, Zoey s’inclina jusqu’à ce que sa tête vienne reposer sur l’épaule de son amie. Laissant le constat flotter dans l’air. La mère du gamin hurlant tentait de le calmer. Quelqu’un téléphonait sans se soucier que l’intégralité des passagers l’entendent. Mais le vacarme dans sa tête était plus fort.
Il y avait bien eu des signes. Les refus systématiques de les accompagner aux thermes, de partager la salle de bains, le fait qu’elle s’était toujours changée seule avant les concerts, ses manches de plus en plus longues jusqu’à ce qu’elle refuse de porter un costume si celui-ci ne couvrait pas ses avant-bras. Ce n’était pas de la pudeur excessive, mais de la peur.
Une peur qui ne lui était pas totalement inconnue.
- Quand je vivais aux Etats-Unis, commença Zoey, personne ne me laissait jamais oublier que je n’étais pas comme tout le monde. Comme si ce « truc en trop » que je promenais partout comme si c’était écrit sur mon front m’empêchais de m’intégrer complètement. Et puis, j’avais toujours le nez fourré dans mes cahiers, alors on peut dire que je cumulais.
Elle avait passé son adolescence à se sentir comme une espèce de curiosité pour les gens autour d’elle. Les brimades et les messes basses lui avaient fait autant de mal que cette forme de rejet silencieux mais qui clamait sans équivoque « tu n’es pas comme nous, tu n’es pas des nôtres ». Un rejet qui lui avait collé à la peau même quand elle avait fait semblant qu’elle s’en fichait.
- Je pensais que ce serait différent en Corée. Mais c’est comme si les gens comprenaient au premier regard que je n’avais pas grandi ici. Je me sentais tellement gauche, tout le temps, et je me demandais ce que je faisais de travers…
Huntrix avait été son filet de secours, après des années à se sentir comme une funambule oscillant sur une corde particulièrement fine.
- Ce n’est devenu cool que quand je suis devenue célèbre. Avant ça, j’étais juste bizarre. Sauf avec vous, ajouta-t-elle dans un murmure.
Le bus redémarra, et le concert des klaxons leur accorda une entracte. Mira appuya sa joue contre le haut de sa tête, attendant quelques instants avant de parler à son tour :
- Mes parents ont décidé de me faire voir un psy à partir de mes douze ans. Enfin, plusieurs psys, vu qu’ils se décourageaient assez vite. Ils ne voulaient pas d’une folle, mais apparemment ils voulaient encore moins d’une gamine butée et à l’esprit de contradiction. Ils les faisaient venir à domicile, on nous laissait dans le grand salon, au calme, et je suppose qu’ils espéraient qu’une fois la séance terminée je me tiendrais correctement à table, j’aurais d’aussi bonnes notes que mon frère et j’arrêterais de dire des gros mots devant mes grands-parents.
- Laisse-moi deviner, c’est durant cette période que tu as appris l’art délicat de fixer quelqu’un dans les yeux sans cligner des paupières.
- Record de trente-sept secondes. J’ai compté.
- Trente-s- Impossible. Je ne te crois pas.
- Je te jure. Le secret, c’est de s’auto-convaincre qu’on est en position de force même si on l’est pas. Il n’y a rien de plus satisfaisant que de voir un adulte accompli s’arracher les cheveux face à une gamine qui ne fait rien d’autre que rester assise sans rien dire. C’est libérateur. Cathartique, même, je dirais.
- Hmm. Très philosophique. Tu n’as pas honte d’avoir brisé de brillantes carrières de thérapeutes ?
- Au contraire, ils devraient me remercier. J’ai forgé leur caractère, et le mien par la même occasion.
Le rire finit par les gagner, et la tension se relâcha. Mira avait beau jouer les dures, et elle l’était en bien des aspects, Zoey savait qu’elle avait pleuré la première fois qu’elle lui avait montré la vidéo d’une éclosion de tortues luth. Un grand cœur dégoulinant se cachait sous cette armure, et il englobait toute leur petite famille.
- Je n’ose pas imaginer, murmura finalement Zoey, ce que ça doit faire de grandir en étant à moitié démon. Toute seule.
Et elles ne le sauraient jamais. Elles ne pourraient qu’imaginer le poids que Rumi avait dû porter pendant tout ce temps. Mais l’isolement, la solitude au sein d’un groupe, ça, elles pouvaient le comprendre. Et les paroles de Céline en faisaient d’autant plus mal.
* * *
Lorsqu’elles réintégrèrent l’appartement, Rumi avait délaissé le piano et regardait un drama d’un œil distrait, une main sur les genoux, les jambes repliées sur le canapé, et l’autre plongée dans un paquet de cacahuètes. En les voyant entrer avec les têtes de six pieds de longs qu’elles devaient tirer, elle attrapa aussitôt la télécommande pour mettre son programme en pause :
- Waouw… vous allez bien ?
Mira ne répondit rien et envoya balader ses chaussures pleine de terre avant de se laisser tomber sur le canapé et de prendre Rumi dans ses bras, le visage enfoui dans son sweat.
- Mira ? Qu’est-ce que-
- Accepte mon affection sans poser de questions.
Rumi l’enlaça à son tour, relançant son épisode à moitié entamé :
- Est-ce qu’on devrait inclure ça dans notre prochain single ?
- Laisse-moi y réfléchir.
Zoey vint s’installer de l’autre côté de Rumi et se fraya une petite place dans leur câlin.
- Mais, qu’est-ce qui s’est passé ? Vous avez parlé à Céline ?
- Oh oui, soupira Zoey. – Disons que… ça s’est pas super bien passé. Genre, pas bien du tout, en fait.
- A ce point-là ?
Rumi retira une brindille de ses cheveux.
- Mira a failli l’étrangler, plaisanta-t-elle.
- Même pas vrai ! Mais j’aurai dû y penser, tiens. Zoey, rappelle-moi d’étrangler Céline la prochaine fois.
Rumi insistait, alors elles finirent par lui raconter, la télé leur fournissant un bruit de fond bienvenu. Elles firent de leur mieux, mais il n’y avait pas trente-six manières de le dire. Et pourtant, comme elles auraient voulu épargner à Rumi d’être trahie une deuxième fois. Il n’y avait pas de mots qui puissent adoucir le choc, et aucun qui puisse réparer les dégâts. Pas dans l’immédiat.
- Rumi ? Ça va ?
Elles avaient terminé leur récit depuis quelques minutes déjà, et Rumi n’avait toujours rien dit. Leur amie regardait dans le vague, le visage assombri.
- C’est bon. Je me doutais que ça finirait comme ça.
Elle le disait comme s’il s’agissait d’une banalité. L’illusion se brisa très vite, dès qu’un soubresaut agita ses épaules, et un hoquet lui échappa. Zoey sentit son cœur se fendre, une fois de plus. Combien de fois le supporterait-elle encore ? Autant de fois qu’il faudra.
- Rumi, souffla Mira.
- Ça va, je-
Elle s’essuya les yeux d’un geste rageur. Zoey la serra un peu plus fort :
- Rumi, on t’aime tu sais.
- Ouais, renchérit Mira. – On s’en fiche, de ce qu’elle dit. Tu fais partie de nous. On n’a pas besoin que tu te caches. On t’aime même quand tu prends toute l’eau chaude, ou que tu manges le dernier chips du paquet.
Rumi parvint à rire à travers ses larmes :
- Merci. Merci pour tout.
Et puis :
- Je vous aime aussi.
Elles laissèrent l’épisode se terminer, puis Mira réclama le drama romantique le plus abrutissant qu’elles puissent trouver. Derpy tenta de s’incruster, mais compte tenu de sa taille, dû se contenter du pied du canapé. Zoey alla leur chercher des glaces dans le frigo. Elles ne consacrèrent qu’une bonne dizaines de minutes à critiquer Céline pour se sentir mieux avant de reporter leurs foudres sur les niaiseries des personnages du drama. Elles terminèrent la soirée dans un enchevêtrement de bras et de jambes emmêlés, jusqu’à ce que Mira se mette à ronfler et que la respiration profonde de Rumi ne tarde pas à la rejoindre. Apaisée, Zoey se laissa elle aussi aller à la somnolence.
Si elle pouvait avoir ça, cette chaleur, cette sécurité, cette petite bulle où elles s’étaient retrouvées, s’il lui fallait recommencer, elle choisirait d’être blessée à nouveau. Elles panseraient leurs blessures ensemble jusqu’à ce que la douleur s’apaise et que les mots lui reviennent, ceux qui exprimeraient à quel point elle était reconnaissante pour ses amies, pour sa famille, pour Huntrix. Tout cela valait tout autant la peine de se battre pour le préserver.
