Chapter Text
Ohyul n'était pas un chanteur raté à proprement parler ; ou en tout cas il ne se considérait pas comme tel.
Il n'avait pas beaucoup de fan certes : aucune page de fan sur les réseaux, aucune groupie à la fin de ses apparitions dans les petits bars et salles dans lesquels il jouait. Peut-être qu'il n'était pas connu mais ça lui suffisait d'une certaine manière.
Parce que pour Ohyul, la musique c'était sa vie.
La pop, le rock, le rap, le jazz, le RnB, le Hip Hop, la funk, l'électro, la house, le métal jusqu'au classique : le rythme coulait dans ses vaines.
Et pour lui, jouer rien qu'un instant à sa guitare était déjà un confort qu'il ne donnerait pour rien au monde.
Et même si ce n'était pas sa jolie voix qui sauvait ses fins de mois, il s'en sortait toujours avec de la nourriture sur la table grâce à son petit boulot.
Pourtant ça n'avait pas toujours été le cas, maintes fois en pourtant 24 ans de vie il s'était retrouvé avec les huissiers au cul..
Mais ça allait maintenant.
Il travaillait, était quasiment stable.
Il était intermittent dans une petite bibliothèque.
C'était pas son job de rêve, mais son métier n'avait rien de contraignant ; pas d'horaires intenables, pas de clients déçus, pas de taches très physiques.
Il devait juste connaitre l'endroit, ses outils et ses règles.
Comment rendre un livre, comment créer un compte client, comment gérer les stocks. C'était intéressant, humain dans certaines interactions, mais rien de plus. Il souriait aux clients, rigolait avec ses collègues, paraissait captivé par les paroles de sa patronne, mais il n'en était rien, il s'ennuyait comme un rat mort, ce n'était pas sa place.
Mais ça suffisait.
Il pouvait supporter ça, c'était un bon gagne-pain quand même, il survivait grâce à eux;
Jusqu'à ce qu'il ne le puisse plus.
C'était curieusement une belle journée.
Le soleil rayonnait d'une façon à ce que l'on se serait crût en été, bien qu'on soit en hiver.
Les enfants riaient et courraient dans les rues pour rejoindre leurs amis sur le chemin de l'école.
Les parents papotaient entre eux.
Les chiens aboyaient en se tournant autour ; les chats se suivaient dans un silence de compréhension.
Tout allais bien, vraiment.
Mais un chat s'installa à ses pieds.
Il était noir, petit, avec de jolis yeux vert pomme dilatés. Ohyul ne l'avait jamais vu.
Il était assis, attendant une réponse au cadeau qu'il avait posé au sol.
Un oiseau, mort. Les yeux ouverts, les pattes cassées et mises dans une position inconfortable.
Il eut un moment d'hésitation, puis un sourire gêné il se pencha vers le chat et le caressa avant de repartir sans se retourner.
Il ne savait même pas pourquoi il faisait semblant, ce n'était qu'un chat, il n'aurait pas été blessé par son dégoût, ce n'était même pas son chat.
Il n'avait qu'à prendre ça pour un cadeau, c'était le but non ?
C'était peut-être un signe que la vie me fera un cadeau aujourd'hui ?
Une promotion ?
Mais pauvre Ohyul, il aurait voir la situation comme elle l'était.
Un chat, qui n'était pas sensé être là, lui offrait, à lui, un pauvre gars, un oiseau, mort.
Rien de plus rien de moins.
Il faisait un peu plus froid que d'habitude ce lundi.
Ses collègues aussi l'étaient d'ailleurs. Au casiers, pas un mot ne lui avait été adressé, seul des regards de malaise montraient qu'ils prenaient en compte sa présence.
Mais rien d'étrange ! Qui serait de bonne humeur un lundi à 8 heure ? Pas lui.
Et il n'était même pas si proche d'eux de toute façon, il n'avait pas le temps de créer des liens forts et remplis de confiance alors que l'équipe tournait pendant sont absence.
Il ne travaillait ici que la moitié de l'année, l'autre étant gardée pour d'autres jobs sans intérêts.
Non ce qui était étrange c'était la tension entre lui et les autres. Comme s'ils savaient quelque chose dont il n'était pas au courant.
Comme si, hein.
Le vrai déclic fût quand sa patronne, qui était pourtant habituellement dans ses bureau ou avec sa meilleure amie, alla le chercher en personne pour qu'ils puissent discuter ensemble dans son bureau.
Enfin, discuter était un grand mot.
C'était plutôt une réprimande.
"Tu sais Ohyul, t'es vraiment important ici. T'es comme un petit frère pour moi.. Mais tu peux pas continuer comme ça.. "
Elle tapotait ses horribles ongles sur la table. Ohyul ne les avais jamais aimé, ses ongles. Ils étaient mal peints, mal coupés. Ils griffaient et se plantaient dans sa peau à chaque accolade. Il ne lui avait jamais dit qu'ils étaient moche et qu'elle ne devrait pas gâcher son argent pour une horreur comme ça. Il tuerait pour se permettre de dépenser 30€ toutes les deux semaines pour un soin esthétique inutile. Ses faux ongles ne cachaient pas la crasse entassée sous ses ongles.
Mais bon, Ohyul n'était pas assez méchant pour le lui faire remarquer, il ne voulait pas la gêner, ou peut-être qu'il aimait juste les blagues que ses collègues faisaient quand elle avait le dos tourné.
Ça ne le concernait pas, et selon lui, Dieu seul pouvait juger son indifférence.
"Tu m'écoutes Ohyul ?.." pourquoi ne pouvait-elle pas aller directement au but ?, "Tu vois, c'est bien ça le problème. On t'accueille les bras ouverts ici et toi tu n'en a rien à faire. Et je comprends que tu t'en foute de moi, des autres, mais ne renvoie pas ça aux emprunteurs, ils ne t'ont rien fait, ça les fait fuir. Je comprends que tu as des problèmes, ton fond de teint ne les cache pas bien. Mais comme tout le monde j'ai envie de te dire ! Laisse donc tes problème à la maison et résout ceux d'ici. Tient par exemple, ça fait un mois que Mme Kim-Myung était sensée nous rembourser mais tu la laisse quand même emprunter comme si de rien était ! Je vois bien que tu essayes, évidemment, la façon dont t'essayes de changer à chaque remarque pour t'améliorer, c'est très bien ! Mais ça va faire trois ans que tu es là Ohyul. Et on tourne en rond. Je ne peux pas me permettre, et j'ai honnêtement plus envie, de te réexpliquer tout les automnes hiver la façon dont tu dois faire ton boulot.."
Ohyul haussa un sourcil.
Tout ça pour ça ?
Venir me faire chier un lundi matin pour vider toute la frustration que l'échec que son entreprise lui fait ressentir.
Se défouler sur autrui, c'est idiot.
"Ce que je veux te dire c'est que je ne sais plus quoi faire de toi. Ohyul. Et je dis ça avec mon plus grands désarroi face à la situation mais, je pense que c'est ton dernier hiver ici.", des acouphènes soudains lui firent perdre sa confiance.
Il venait de perdre son contrat, il venait de perdre son boulot.
Il avait envie de pleurer mais devait se retenir et garder la face. Il devait continuer de travailler encore jusqu'à vendredi. Il ne voulait pas que la dernière image que les gens aient de lui soit celle d'un pleurnicheur.
"Je comprends.. J'vais y retourner, j'ai des retours à ranger.." et il repartit, sans la regarder une deuxième fois. Il aurait pu se plaindre, se défendre ou même lui dire d'aller se faire foutre. Mais il était beaucoup trop indisposé pour ça.
Le son du violon dans ses veines était strident.
Le mardi, il ne répondit pas à la grand mère qui lui demandait de lui passer un livre sur la plus haute étagère.
Le mercredi, il recolla une page d'un livre déchiré avec du scotch double face.
Le jeudi, il alla dans la partie pour enfants et leur donna les cartes Pokémons rares qu'il avait volé à son collègue qui les collectionnait et les gardait toujours sur lui.
Le vendredi, il alla en pause clope et alla se balader à la place, il ne fumait pas.
Les rues étaient vides, on était encore le matin. La pluie s'était mélangée au soleil pour créer un joli arc-en-ciel. Ohyul trouvait les couleurs jolies, il s'arrêta un instant.
Juste deux secondes pour lever la tête vers le ciel.
Juste deux secondes et une voiture, dont le bruit avait été couvert par son casque audio, lui avait foncé dessus. Idiot. Il s'éclata dans un mur en synchronisation avec la voiture qui s'encastrait dedans.
Il n'eut, avant de fermer les yeux une dernière fois, qu'une vue du sang et des organes sur son uniforme.
C'était donc comme ça, la fin ?
C'était stupide ; que dirait-on à son enterrement ?
Est-ce que l'on se souviendra de l'enfant qui souriait tout le temps ou l'adulte fatigué ? Celui qui jouait jusqu'à ce que ses doigts en saignent ou celui qui ne disait pas bonjour ?
Personne ne se souviendrait de lui comme Ohyul.
Son père serait-il fier ? Pas sûr. S'il pouvait Ohyul aurait soupiré. Mais c'était trop tard.
Il sentait les draps froids sous lui, la lumière ostentatoire sur son visage, les mains piquer, mais il ne pouvait rien y faire, il ne pouvait pas bouger, ni ses paupières ni son cœur. combien de temps resterait il coincé ici ?
Figé, attendant que la mort l'emmène autre part;
Jusqu'à ce qu'il ne le fasse plus.
Il ouvrit les yeux.
Pas vraiment en réalité. Il avait cette sensation désagréable, comme lorsque vous sentez des bulles dans les yeux, la peau coller à votre oeil. Là, c'était la même, il avait les yeux fermés mais pouvait voir, bouger ses iris.
Étonnement, tout n'était pas blanc. Les draps et le lit oui, mais quelques touches de bleu et verts étaient sur les murs dans la forme de beaux dessins. Le soleil allait se coucher, le ciel était orange. Il pouvait apercevoir un bouquet de muguet sur sa table de chevet, c'était ses fleurs préféréed. Il y avait un mot, mais il ne pouvait pas le lire pour savoir qui était la personne qui lui avait donné. Personne à son chevet pour le lui dire de toute façon.
Enfin si, s'il se concentrait bien il le voyait. Il voyait son ombre en tout cas. Quelqu'un était en dehors de son angle de vue avec lui.
Il eut 6 secondes avant que l'inconnu daigne se déplacer. Et il le vit plus clairement.
Il était grand, très grand.
Une tenue noir, saugrenue de part la veste en fourrure selon lui mais d'autres auraient juste pu appeler ça fashion.
Ses grandes lunettes rondes cachaient ses yeux, il lui faisait un peu penser à Willy Wonka d'une certaine façon.
Au moins, ses cheveux coiffés en arrière lui permettait de voir le reste de son visage.
Un jeune homme, un joli jeune homme. Mais toutefois un étranger.
Pas là pour s'amuser, le garçon le fixait d'un air grave mais à la fois détaché. Comme s'il était la pour lui demander quelque chose et qu'il repartirait dès qu'il l'aurait.
Et il le sentit, la froideur insidieuse qui émanait de l'homme. Ou peut-être était-ce son corps en train de lacher ?
Son père aimait la neige. Est-ce qu'il se souviendrait de son corps glacial le prochain hiver ? De toute façon il était trop tard pour prier-
Une voix le coupa dans ses pensées, oui, celle de l'homme.
Elle était suave, pas agressive mais amer et douce à la fois. La voix, étrangement fluette malgré le gabarit du type, avait une résonnance grave quasi surnaturelle.
Le faux Willy Wonka ne lui offra pas de bonbon ni de chocolat ce jour là. Encore moins un ticket d'or et une entreprise milliardaire. Non, il avait mieux.
Donne moi un peu de toi et ta vie sera miraculeuse.
L'inconnu souriait d'un sourire sournois, quasi enfantin.
Si naturel que Ohyul ne lui posa aucune question qui aurait pu le sauver.
Que voulez vous dire par là ?
Je peux te donner ce que tu veux tant que tu vis avec moi pour t'épauler.
Combien de temps de vivrais-je ?
Autant de temps que moi.
Et que me donnerez-vous vraiment en échange ?
Je peux faire de ta vie quelque chose d'encore meilleur que tes rêves les plus fou, mieux que tu ne puisse imaginer...
Maintenant relâche toi, abandonne toi à moi et fermes tes yeux mon doux.
Mes yeux sont déjà fermés.
C'est à six heure quatre du matin qu'Ohyul se réveilla, des infirmières pales criant au docteur le plus proche de venir.
Il venait de renaître, il avait été ressuscité.
