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Chaleur d'hiver
Ses pas résonnaient dans l’immensité du couloir au carrelage quadrillé. Il étira les bras, ne pouvant s’empêcher de bâiller à s’en décrocher la mâchoire. Mario, les mains dans les poches, laissait son esprit naviguer dans le vague. Peach lui avait demandé de venir au château pour débriefer sur un problème dont ils n’avaient malheureusement pas réussi à trouver la solution… et cela l’ennuyait. Il n’aimait pas laisser des problèmes en suspens, cela lui prenait la tête.
Il passa devant une des grandes fenêtres vitrées où la lumière de l’après-midi reflétait sur le sol les magnifiques couleurs des vitraux verts et bleus. Il s’en approcha, posa ses deux mains dessus et colla son front contre le verre. La fraîcheur lui fit du bien, refroidissant son crâne qui avait surchauffé plusieurs heures durant.
Descendant du ciel en virevoltant, telles des danseuses miniatures offrant un ballet saisonnier, la neige tombait dans la cour arrière du château. L’observer l’apaisait et calmait également son esprit. Il prit en ligne de mire un flocon un peu plus grand que les autres ; celui-ci, porté par une fine brise, s’approcha de la vitre. Mario en contempla les fractales complexes avant qu’un souffle de vent ne le fasse tourbillonner, finissant tristement sa course au sol.
Un blanc pur et apaisant recouvrait tout le Royaume Champignon. En une nuit, il était tombé l’équivalent de plusieurs jours de neige. Les habitants essayaient tant bien que mal de déblayer ; de ce fait, de gros tas commençaient à s’accumuler un peu partout. Et là était le problème… où allaient-ils mettre toute cette neige si cela continuait à tomber de cette façon ? Cette chape blanche était exceptionnelle, et les habitants n’étaient pas forcément habitués ni équipés pour faire face à une telle quantité… Si seulement ils avaient des chasse-neige comme à Brooklyn…
Dans la cour, en contrebas, une tache verte dans ce paysage blanc attira son attention.
Poussant une boule presque plus grosse que lui, Luigi s’amusait à faire un bonhomme de neige. Arrivé à un point où il ne pouvait plus la déplacer, il s’affaira à en créer une deuxième, un peu plus petite. Il peina à la porter pour la placer dessus, ce qui fit pouffer Mario de tendresse. Il se surprit à penser qu’il l’enviait d’être dehors, là, dans les rayons du soleil, entouré par la douce brise de l’hiver, inconscient des problèmes et des prises de tête. Mais en même temps, il était heureux… heureux qu’il n’ait pas à s’imposer cela. Il voulait le préserver et le garder loin de toute cette pression à tout prix.
Il soupira. Il avait vraiment envie de le rejoindre… mais il avait encore des choses à faire pour la princesse…
Il décolla sa tête de la vitre et reprit sa marche… avança de quelques pas…
Puis s’arrêta…
Tourna les talons…
Bien décidé à ce qu’il allait faire ensuite.
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Luigi sculptait la tête, formant un chapeau et un nez rond. Il ramassa deux petits cailloux et les plaça sur le visage pour en faire les yeux… Mmm, il lui manquait quelque chose… Il retira son écharpe et la plaça autour de son cou…sculpta, puis recula pour admirer son œuvre. Une vague de tristesse l’envahit en l’observant… Il aurait aimé qu’il soit là pour le lui montrer. Il s’approcha de la sculpture exécutée avec précision, passant ses bras de part et d’autre dans une étreinte qui se voulait réconfortante… mais le contact contre sa joue était glacial et dénué de vie…
— « Très ressemblant… on jurerait que c’est moi. »
La voix dans son dos fit sursauter le cadet, qui se retourna précipitamment…
— « Mario..? »
Il se prit en pleine figure une boule de neige fraîchement tassée.
— « Ahahahah, touché ! »
Luigi, sortant de l’effet de surprise, rigola et recracha la neige qu’il avait reçue dans la bouche, puis se baissa pour ramasser une bonne poignée qu’il commença à tasser. Mario le dévisageait avec un sourire narquois, une boule de neige dans la main qu’il s’amusait à lancer en l’air.
— « Prêt pour la deuxième ? »
— « Non, attends une seconde ! »
— « Trop tard ! »
Mario lui lança le projectile, que Luigi évita de justesse en faisant un bond de côté, puis répliqua en envoyant le sien, qui toucha son frère à la jambe.
— « Touché ! Un partout ! » cria le cadet en se réfugiant derrière le bonhomme de neige pour préparer de nouvelles munitions.
Il se dépêchait de former plusieurs sphères, mais n’eut pas le loisir d’en faire plus de trois. Il dut faire une roulade sur le côté pour éviter d’en recevoir une autre en pleine figure. Mario ne s’était pas gêné pour venir discrètement dans son dos, le prenant par surprise.
— « C’est pas du jeu ! »
— « Hé hé, y a pas de règles… à la guerre comme à la guerre ! »
Tous deux riaient aux éclats en se lançant leurs boules respectives. Luigi, assailli, dut reculer… Mario se baissa et ramassa un gros tas de neige, voulant le lui lancer… mais il en avait peut-être pris un peu trop. Sous le poids, il trébucha en avant, emportant Luigi dans son élan.
Tous deux dégringolèrent la petite colline du château, glissant sans pouvoir s’arrêter jusqu’en bas de la pente, atterrissant dans deux mètres de poudreuse fraîche.
Luigi atterrit à moitié sur son jumeau.
— « Mince ! Mario, ça va ? »
Celui-ci éclata de rire en observant le visage consterné de son frère au-dessus de lui. Ses sourcils et sa moustache étaient remplis de flocons. Il ne put s’empêcher de trouver cela adorable…
— « Ahaha, oui, ne t’inquiète pas, la neige a bien amorti la chute. »
Luigi soupira de soulagement et sourit en retour.
Mario tendit la main, caressant la joue du cadet, qui avait pris une teinte rosée à cause de l’adrénaline due à leur jeu. Ce geste anodin troubla cependant Luigi, qui ressentit soudainement, sous cette caresse, une chaleur corporelle ainsi qu’une envie très étrange… Mario le fixait de ses grands yeux bleus, la bouche entrouverte, la respiration encore saccadée, visible dans le froid, montant en petits nuages… Cette vision lui donnait une irrésistible envie de le posséder.
Sans réfléchir, il se pencha en avant et posa ses lèvres sur les siennes. Appuyant sur son buste, Luigi enfonça Mario de quelques centimètres dans la neige.
Surpris par ce geste, le cœur de l’aîné rata un battement avant de s’accélérer face à cet élan soudain de tendresse. Il se laissa faire, fermant les yeux, entrouvrant même les lèvres, laissant tout le loisir à Luigi d’y glisser sa langue. Celui-ci ne se fit pas prier pour aller à la rencontre de sa compagne, s’enroulant autour de celle-ci avec ferveur.
Répondant au baiser, Mario passa une main derrière sa nuque, effleurant ses cheveux.
Soudainement, le cadet réalisa ce qu’il était en train de faire.
Luigi ouvrit grand les yeux et se recula précipitamment.
— « P-pardon… je… je suis vraiment désolé… c’était complètement spontané… je… je sais pas ce qu’il m’a pris, je… »
Il tut son balbutiement car, dans le regard de Mario, ce n’était ni de la colère ni du dégoût qu’il entrevoyait, mais une autre émotion… qui le laissa interdit… et le troubla encore plus…
Une envie prit soudain Luigi de s’en aller en courant… Il avait honte de ce qu’il avait fait, et surtout… le pire… honte d’y avoir pris… du plaisir.
Devinant ses pensées, Mario l’attrapa par le col et le retourna dans la neige, le bloquant de tout mouvement de fuite. Confus et surpris par ce soudain tour de force, le cadet toisa Mario silencieusement… sans oser bouger un muscle. La condensation de leur respiration à tous les deux sortait de leur bouche, se mêlant dans l’air froid. L’aîné passa sa main gauche sur sa joue, la caressant avec délicatesse, connectant leurs regards. Le contact chaud et doux de son gant sur sa peau détendit instantanément le cadet. Mario, le souffle chaud, s’approcha de l’oreille de son petit frère…
À quelques centimètres de celle-ci, il lui murmura avec douceur :
— « Ne le sois pas, Lou… je… je ressens… la même chose… »
Le regard de Luigi se troubla, incapable de s’arracher à la profondeur des prunelles bleutées qui venaient de lui confirmer — bien qu’il s’en doutât au fond de lui — une vérité qu’il n’avait jamais osé s’avouer…
Ses yeux devinrent humides. Relâchant les épaules, une immense sensation d’apaisement envahit son corps. La peur du jugement, la honte, l’interdit et l’incertitude que cela ne soit pas réciproque l’avaient toujours empêché de lui en toucher un mot. Mais là, à cet instant hors du temps, tel un instinct incontrôlable, sans vraiment savoir pourquoi, il n’avait pu s’empêcher de passer à l’action.
Mario lui essuya une larme qui glissait le long de sa joue.
Il savait que celle-ci n’était pas due à de la tristesse, mais révélait un énorme soulagement… Lui aussi, dans sa poitrine, avait l’impression qu’un poids s’était dissipé… de l’avoir avoué… d’avoir avoué ses sentiments interdits…
Il avait conscience depuis longtemps déjà que Luigi l’aimait… plus que de raison. Son petit frère était toujours là, derrière lui, à lui faire des compliments, à l’admirer en secret… Et il ne pouvait nier que sa présence était pour lui une source de réconfort… Il savait au fond de lui également que les sentiments qu’il ressentait à son égard étaient plus forts qu’une simple relation fraternelle… Pourtant, tous deux avaient instauré comme un pacte silencieux, un consentement réciproque à ne jamais aller plus loin, à ne pas franchir la limite infranchissable.
Pourtant, il admirait son cadet qui, en ce jour, même si c’était spontané, avait osé sauter le pas et briser cette barrière silencieuse qu’ils s’étaient tue pendant tant d’années. Car, bien qu’il soit le héros du royaume… il n’aurait, au grand jamais, osé faire le premier pas… n’aurait jamais osé dire quoi que ce soit, cachant ses véritables pulsions qui le rongeaient de l’intérieur… et qui, ce jour-là, avaient été brisées par un simple regard profond, rempli de peur, de doutes, mais surtout d’un amour profond…
Mario se mit à rire, un rire sincère et communicatif que Luigi ne put s’empêcher de rejoindre.
L’aîné s’affaissa sur la poitrine du cadet dans une étreinte chaleureuse.
Luigi laissa retomber sa tête en arrière dans la neige, contemplant le ciel qui était devenu gris et nuageux. Il essayait d’arranger dans sa tête toutes les émotions qui le traversaient, puis se dit que ce n’était peut-être pas le moment… préférant profiter de l’instant présent.
À cause de la neige, tous les sons semblaient atténués et, mis à part quelques oiseaux qui se chamaillaient dans les branches d’un arbre non loin, le calme régnait. Les flocons continuaient de tomber en cascade depuis la troposphère, sans s’arrêter un seul instant.
Luigi ferma les yeux, écoutant et se concentrant sur la respiration de Mario affalé sur son buste, un peu plus lourd que lui. Il ressentait sa masse qui l’enfonçait toujours un peu plus dans la neige. Des idées et des images lui traversèrent l’esprit… il tenta de les chasser, mais ne put empêcher son corps de réagir tout seul.
Mario arqua soudain un sourcil et se redressa, étonné de ressentir quelque chose de dur.
Les joues de Luigi se teintèrent de pourpre…
— « Pardon… Mario… avec toutes ces émotions… euhm… » murmura-t-il en détournant les yeux, honteusement.
Le cœur de l’aîné se mit à battre à l’entente de cette phrase, se mordant la lèvre… incapable de résister… face à ce visage timide et teinté de gêne… Luigi se redressa en position assise, espérant réduire son érection, mais le mouvement et la posture ne firent qu’attiser davantage la sensation de dureté sous Mario, qui, malgré le froid, commençait sérieusement à avoir chaud dans sa combinaison.
— « Ne t’en fais pas… c’est pas grave, c’est une réaction normale du corps… »
— « … »
Brisant les centimètres qui le séparaient encore de Luigi, cette fois Mario prit le lead en lui capturant les lèvres. Il sentit Luigi glousser à cause des chatouilles que leurs moustaches provoquaient au contact de la peau. L’aîné descendit sa main gauche sur la fermeture éclair de sa combinaison de ski, la tirant vers le bas d’un mouvement lent.
Entre deux respirations, Luigi bredouilla en posant sa main sur la sienne pour l’arrêter.
— « M-Mario… est-ce que c’est mal ce que nous faisons ? » demanda-t-il en tournant légèrement la tête sur le côté, se séparant de ses lèvres.
Mario fronça les sourcils et lui attrapa les joues pour lui remettre le visage droit. Il posa son front contre le sien, l’obligeant à plonger son regard dans ses pupilles bleues. Il y décelait le tourment dans le regard de son jumeau, et il ne pouvait que le comprendre, car lui aussi vivait la même chose… mais sans vraiment savoir pourquoi, aujourd’hui, il se fichait des conséquences futures. Il était heureux, heureux que Luigi ait fait le premier pas, brisant ce tabou inavouable de leurs sentiments qu’ils taisaient tous les deux depuis toujours.
— « Je pense que ce serait mal si ce n’était pas réciproque. »
— « C’est interdit par la loi… » dit-il sans grande conviction.
— « Les interdits sont faits pour être transgressés. »
— « Ve… venant de toi, ça ne me semble pas très… applicable. Tu es le responsable de la fratrie. Que… que diraient nos parents s’ils nous voyaient ? »
— « Ils ne sont pas là pour vérifier… Je ne suis pas aussi sage que j’en ai l’air… »
— « … »
— « Je te protégerai, je te le promets. »
— « Je… m-moi aussi, je te protégerai. »
— « Ça, je n’en doute pas une seconde. »
Il maintint son regard sur Luigi un moment. Celui-ci restait silencieux, incapable de détourner ses yeux de ceux de son frère, comme hypnotisé. Mario, sans le lâcher, s’apprêtait à reprendre la descente de la fermeture éclair lorsque :
— « ILS SONT LÀ, PRINCESSE ! »
— « Ah, c’est pas trop tôt ! »
Une voix criarde et une autre plus douce, provenant du haut de la colline, les firent tous deux sursauter et se décoller l’un de l’autre précipitamment. Ils levèrent les yeux vers un Toad en armure recouverte de fourrure ainsi que la princesse Peach, qui les observait avec inquiétude.
— « Tout va bien là en bas ?! » cria la princesse dans leur direction.
Mario lui fit un signe de la main.
— « Oui, on a juste glissé, on n’a rien, on remonte ! » répondit Mario en mettant ses mains en porte-voix.
Il se retourna vers Luigi, qui acquiesça pour lui faire comprendre qu’il avait bien saisi qu’ils ne devaient rien laisser transparaître de ce moment. Tous deux se mirent alors à gravir le talus, rejoignant la jeune femme paniquée et légèrement énervée.
— « Mario, Luigi ! Je me suis inquiétée ! Comment vous êtes-vous retrouvés là en bas ? »
— « P-pardon, ce n’était pas notre intention, princesse. On a glissé et on a dévalé la pente, » bredouilla Luigi, mal à l’aise.
— « Vous êtes vraiment maladroits, ma parole ! Moi qui me faisais un sang d’encre en pensant que vous aviez peut-être été kidnappés par Bowser ou je ne sais qui d’autre… enfin bref. »
Peach fronça les sourcils en se tournant vers Mario.
— « Pour ton frère, ça passe encore, je peux lui pardonner… mais toi ? Ce n’est clairement pas dans tes habitudes de louper un rendez-vous ! »
Luigi se sentit un peu heurté. Bien qu’il fût vrai qu’il ne venait que rarement au conseil car, faisant plus office de meuble de décoration que de personne réellement écoutée… il avait assez vite abandonné.
Mario s’apprêtait à répliquer, mais il vit dans le regard de la princesse que cela ne servirait à rien.
— « Oui, pardon, j’ai manqué à mes obligations, » dit-il.
Peach soupira et laissa retomber ses bras le long du corps. Elle avait bien conscience que ces derniers temps, tout n’était que prises de tête. Elle aussi avait besoin de souffler, mais avec la situation actuelle, ce n’était pas envisageable.
— « Je sais que je t’en demande beaucoup ces derniers temps, mais j’ai vraiment besoin de toi...vous vous amuserez plus tard »
Elle posa une main sur l’épaule de Luigi.
— « Je suis désolée, Luigi, je te l’emprunte encore un moment… »
— « Pas de souci, princesse. Il...il est tout à vous, je vous laisse. »
— « Ah, et tu devrais fermer ta veste et récupérer ton écharpe. Tu vas attraper la mort avec ce froid. »
Un éclair de gêne traversa le visage du plombier vert avant qu’il ne se pare de son habituel sourire. Il attrapa son écharpe et remonta rapidement sa veste.
— « Je suis étonnée que Mario ne t’ait rien dit, d’ailleurs, » ajouta-t-elle en lançant un regard étrange au plombier rouge, qui n’avait pas entendu ses paroles, perdu dans ses pensées.
Il se sentait mal après tout ce qu’ils s’étaient révélés de laisser Luigi partir. Il avait peur, au fond de lui, que son cadet, plus fragile émotionnellement, ne se morfonde à cause de ce qu’ils avaient déclenché entre eux deux.
La princesse haussa les épaules et l’attrapa par le bras pour l’inviter à la suivre, mais celui-ci ne bougea pas.
— « Non, attends, Peach. Luigi, je veux te raccompagner. Je ne veux pas te laisser seul… » Il se tourna vers Peach, qui le toisait bizarrement. « Ou est-ce qu’on pourrait remettre la discussion à demain ? Je vou— »
Le cadet s’interposa.
— « Non, ne t’en fais pas, Mario. Je ne suis plus un enfant. Je vais rentrer. Je t’attendrai à la maison. La princesse l’a dit, elle a besoin de toi urgemment. »
— « Mais… »
— « Je te jure… ça va aller. Je ne vais pas me perdre en chemin, non ? »
Luigi lui lança un regard qui semblait dire "mais tu fais quoi là ? on avait dit naturel ?! "
Mario céda en soupirant, se grattant l’arrière du crâne.
— « Oui, tu as raison… pardon. À tout à l’heure alors. »
— « À plus, frérot. »
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Mario et Peach partirent en direction du château.
— « Tu fais ton papa poule ? Il a le même âge que toi, je te rappelle. Le surprotéger ne l’aide pas, tu sais ? » le sermonna gentiment Peach.
— « Oui, je sais… j’en ai conscience… »
Peach observa sa mine déconfite et consternée.
— « Il s’est passé quelque chose lorsque vous êtes tombés, n’est-ce pas ? »
Cela eut pour effet de le crisper instantanément. Peach avait la réputation d’être très perspicace et observatrice. Il devait faire attention à mieux cacher ses émotions en sa présence.
— « Non, pas spécialement. »
Il lui lança un sourire qui sonnait faux, ce qui ne manqua pas de faire tiquer la jeune femme, peu habituée à ce qu’on lui mente...surtout venant du plombier rouge.
— « Soit… qu’importe. Nous avons des affaires à régler. »
Mario soupira et la suivit d’un pas lourd.
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Luigi les observa s’éloigner un instant, puis tourna les talons et prit la direction des jardins, traînant les pieds jusqu’à l’entrée du tuyau principal. Il jeta un œil par-dessus son épaule, contemplant la masse imposante du château, avant de sauter dans le tube qui l’aspira.
Il ressortit quelques rues plus bas dans un Tum Tum dont il ne faisait même plus attention. Il aurait sans doute pu continuer en en empruntant plusieurs, ce qui l’aurait ramené directement jusqu’à chez lui, mais il se sentait plus d’humeur à marcher. La fin de la journée s’annonçait ; les Toads donnaient les derniers coups de pelle devant leurs portes, avec l’espoir que le lendemain tout ne soit pas enseveli.
Ses pas l’amenèrent devant une boutique qui n’avait pas encore fermé. Il entra à l’intérieur, faisant résonner la cloche à l’entrée. La marchande l’accueillit avec un grand sourire ; ils échangèrent quelques mots, puis il commanda quelques fournitures et des aliments pour leur dîner de ce soir. Il était d’humeur à faire un bon repas, même s’il ne savait pas à quelle heure Mario rentrerait…
La vendeuse lui raconta qu’il avait de la chance, car elle avait de plus en plus de mal à garder ses stocks entiers. Apparemment, ce n’était pas que le Royaume Champignon qui était touché par ces chutes de neige, mais l’entièreté des contrées alentours, ce qui expliquait les pénuries et la complexification des échanges entre les royaumes. C’était certainement sur cela que Mario et Peach se penchaient en ce moment même… Il soupira.
Il remercia chaleureusement la commerçante en lui souhaitant bien du courage, puis reprit sa route.
Au-dehors, les lampes s’étaient allumées. Certains talus étaient tellement hauts qu’ils dépassaient presque les lampadaires. Cela amusait beaucoup les enfants, qui s’amusaient à creuser des galeries dans les tas et grimpaient aux sommets, plantant un drapeau fabriqué sommairement avec une petite branche et un tissu à moitié déchiré pour montrer aux autres qu’ils étaient sur leur territoire de jeu.
Cela fit sourire Luigi, à qui cela rappela des souvenirs de lui et de son frère faisant la même chose étant petit. Mario avait grimpé sur l’un des tas de Brooklyn que les chasse-neige avaient formés. Luigi avait peur de l’énormité et de la hauteur du tas. Mario l’avait appelé depuis le haut pour lui dire qu’il fallait à tout prix qu’il monte, car la vue était à couper le souffle.
Il s’était donc mis à le gravir à l’aide de ses petits gants. Arrivé presque au sommet, il avait glissé, criant de peur, mais son frère l’avait attrapé par la main et hissé jusqu’en haut. Une fois au sommet du talus, lorsqu’il avait ouvert les yeux, il avait ressenti une joie incommensurable en voyant pour la première fois la ville d’en haut, et non depuis le bas. Les bâtiments et les buildings aux toits blancs faisaient rayonner la lumière, et les décorations de Noël clignotaient un peu partout.
Mario, sans lui lâcher la main, lui avait pointé le soleil qui se couchait et lui avait parlé d’une petite voix :
— « Tu vois ! à nous deux, rien ne pourra jamais nous résister. On est unis par un lien indéfectible. »
Luigi se souvenait d’avoir regardé Mario à ce moment-là. Son regard, figé vers l’avenir et déterminé, l’avait ébranlé. Il avait ressenti une chaleur dans sa poitrine, et c’est à cet instant précis qu’il s’était convaincu qu’il ferait n’importe quoi pour lui.
— « O-oui, tu as raison. »
Ils s’étaient assis tous les deux, contemplant la fin du coucher de soleil. Il essayait de se souvenir de ce qu’ils avaient fait ensuite et comment ils étaient redescendus… mais il n’arrivait pas à reconstruire la suite de son souvenir. Il observa les jeunes Toads qui descendaient leurs propres tas en toboggan, ce qui lui fit penser qu’il avait certainement fait pareil.
Les mains pleines de fournitures, il arriva enfin jusqu’à sa maison. Il dut faire attention à ne pas glisser, car le chemin menant à sa porte était devenu verglacé. S’ébrouant dans le couloir comme un chien pour se débarrasser de la neige, il pendit ses affaires pour les faire sécher avant de prendre la direction de la cuisine, déposant les aliments sur la table.
Attrapant un verre dans l’armoire, Luigi s’approcha de l’évier et le remplit d’eau, qu’il but goulûment. Avec toutes ces histoires, il était complètement déshydraté. Il s’empressa d’en remplir un deuxième, s’assit à la petite table de la cuisine et se détendit.
Inspirant et expirant profondément, rejetant la tête en arrière, les yeux clos, il ne put éviter de repasser dans son esprit ce qui s’était passé cet après-midi… enfin, ce qu’il avait fait cet après-midi.
Qu’est-ce qui l’avait pris de soudainement l’embrasser ? Il le savait au fond… mais les questions l’assaillaient tout de même. Est-ce que leur relation allait changer ? Sans doute… puisque c’était réciproque. Pourtant, devant le royaume, ils devraient se comporter comme si de rien n’était. Leur relation ne serait clairement pas bien vue… et… et si leurs parents l’apprenaient ?
Un frisson lui parcourut l’échine, le faisant trembler sur sa chaise. Chassant cette pensée précipitamment, jamais ils ne devraient l’apprendre : cela les détruirait, ainsi que le reste de la famille. C’était au moins la seule chose certaine dans l’équation.
Mais une fois derrière les regards, est-ce qu’ils pourraient s’embrasser ou simplement se tenir la main sans ressentir de remords ? Est-ce qu'il était pret à ne jamais avoir une relation dite normale ?
Il y réfléchit un instant, fixant le plafond, observant les dessins que le bois renvoyait à ses rétines… Dans sa tête, il se dit que pour lui, oui, cela lui conviendrait, du moment qu’il était avec Mario. Mais pour lui ? Qu’en était-il ? Pourquoi voudrait-il rester caché alors qu’avec la princesse, il pouvait avoir une relation simple et visible ?
Il savait que Peach aimait son frère. Il ne connaissait pas l’étendue de leur relation actuelle ; Mario faisait toujours tout pour éviter le sujet. Et comme Luigi ne voulait pas le rendre mal à l’aise, il s’était toujours tu… bien qu’au fond de lui, cela l’attristait profondément.
C’était peut-être pour cela qu’il avait craqué aujourd’hui. Mario avait souvent dû s’absenter au château, et son absence creusait un vide abyssal dans sa poitrine. Le fait qu’il l’ait fait passer avant ses obligations l’avait profondément touché, et peut-être lui avait donné le courage....ou l’erreur....d’aller de l’avant et de laisser ses sentiments parler…enfin...il ne savait pas vraiment.
Il se leva, quitta la cuisine, ouvrit une armoire dans le couloir pour en sortir un linge et partit en direction de la douche. Il en avait bien besoin ; il avait l’impression de sentir un peu le chacal après cette journée.
Il ouvrit les robinets. L’eau ruissela sur son buste et il laissa échapper un couinement de bien-être face à la chaleur parfaitement ajustée qui tombait sur son corps.
Il se prit à se demander quand Mario rentrerait. Comment cela se passerait-il ? Devait-il se comporter comme d’habitude, faire comme si de rien n’était ou… laisser ses émotions le guider ? Il se dit que la dernière option était la meilleure. Pourquoi se triturer l’esprit ? Il ne savait pas comment il réagirait en sa présence… Cette pensée l’étonna ; il s’en félicita presque, car son caractère naturel lui aurait clairement dicté de paniquer et de regretter ses actes, mais… ce n’était pas ce qu’il ressentait. Il était calme et en phase avec ses idées. Ce qu’il avait fait n’avait rien de mal. Il se sentait étrangement apaisé.
Mario semblait, pour sa part, plus inquiet à son propos. Il l’avait bien ressenti ; jamais il ne lui avait proposé de le raccompagner auparavant. Cela lui fit échapper un petit rire moqueur. Leurs rôles s’étaient un peu inversés aujourd’hui…
Il se shampouina, frottant ses cheveux avec énergie, puis sous les bras, pour enfin terminer sur son entrejambe… À peine eut-il touché son membre que des images de Mario assis sur ses cuisses le traversèrent. Sans oser regarder, il se mit à se frotter, essayant de se remémorer la sensation de pression, puis celle de ses lèvres sur les siennes… Allant toujours un peu plus vite, il se mit à respirer plus rapidement. La buée commençait à s’accumuler sur les murs vitrés de la douche. Il imaginait ses contours, ses mains sans gants touchant sa peau… Puis, comme une évidence, un éclair furtif lui traversa le cerveau.Est-ce que… est-ce qu’ils allaient finir par coucher ensemble ?
Cette pensée le fit venir, éjaculant au fond de la douche…
Il resta un moment appuyé contre le mur, la tête rouge, la respiration saccadée face à cette idée…
Il finit de se laver, ferma le robinet, coupa l’eau, s’emmitoufla dans son linge et sortit se changer précipitamment.
Retournant à la cuisine, Luigi constata qu’il était déjà 18 h 30. Il s’empressa de commencer le dîner, mettant le rôti acheté plus tôt au four. Se dépêchant de couper les légumes… un peu trop vite malheureusement, pris dans ses pensées et pas assez présent, le couteau glissa.
— « Ouch ! »
Il lâcha précipitamment l’ustensile. Une fine ligne rouge s’était dessinée sur son doigt, qu’il mit dans sa bouche pour en sucer la goutte de sang. Il alla chercher la trousse de secours, désinfecta et y plaça un petit pansement coloré avec des chats, puis reprit son labeur.
L’horloge indiquait 20 h 00 lorsque Luigi servit les plats… constatant que Mario n’arrivait toujours pas. Il déposa son assiette dans le frigo et emporta la sienne au salon, s’affalant sur le canapé pour manger son dîner devant une série télé quelconque qui passait à ce moment-là. La télévision grésillait un peu… le vent s’était levé au-dehors ; certainement que la neige brouillait les signaux. Il dégusta son plat, un peu triste de devoir le consommer seul, mais ainsi soit-il. Une fois terminé, il s’emmitoufla dans une couverture, essayant tant bien que mal de suivre les conversations des personnages à l’écran. Mais très vite, ses paupières lourdes se fermèrent et le sommeil l’emporta.
**
La porte d’entrée s’ouvrit en grinçant. Mario, complètement éreinté, se débarrassa de ses affaires dans le vestibule. Vu l’heure qu’il était, il n’avait pas osé annoncer son entrée comme il le faisait d’habitude. L’horloge sonna onze heures ; il avait honte d’avoir fini si tard et de l’avoir laissé seul jusqu’à présent. Mais voir la veste de Luigi pendue et sèche sur les crochets le rassura.
S’avançant sans faire de bruit, il fut étonné de constater que la lumière du salon était encore allumée. Il y dirigea ses pas et entra dans la pièce. Luigi s’était endormi ; sa couverture était à moitié tombée au sol et il n’allait pas tarder à la rejoindre, vu la position dans laquelle il se trouvait : à plat ventre, le buste et les bras à moitié dans le vide.
En le voyant, il ne put s’empêcher de pouffer, et toute la mauvaise humeur qu’il avait accumulée jusque-là s’envola soudainement, attendri par cette vision. Il s’approcha, le replaça un peu plus correctement sur le canapé et remit la couverture comme il fallait. Luigi bougea dans son sommeil, bredouillant quelques mots incompréhensibles, puis sa respiration reprit un rythme régulier.
Mario lui caressa délicatement les cheveux, puis partit en direction de la douche pour se rincer…
Une fois propre et changé, il se dirigea vers la cuisine. Il fut touché de voir le bon dîner que Luigi lui avait préparé. Son visage s’assombrit en pensant qu’il avait certainement fait tout cela avec l’espoir qu’ils mangeraient ensemble… Un petit mot était déposé dessus.
J’espère que ta soirée s’est bien passée et bonne appétit…
Mario sourit…
— « Tu es trop attentionné, petit frère… que ferais-je sans toi ? »
Il réchauffa le plat puis vint s’installer sur le canapé à ses côtés. Dégustant le repas - Luigi était vraiment un vrai petit cordon-bleu. Une fois terminé, il empila son assiette sur celle du cadet puis partit faire la vaisselle ; c’était le moins qu’il puisse faire en cette fin de soirée.
Revenant au salon, il éteignit la télévision et se retourna vers le visage endormi paisiblement… Au moins, il ne semblait pas avoir trop ressassé leur après-midi, contrairement à lui, qui n’avait pas pu chasser les paroles qu’ils s’étaient dites. Peach avait même dû lui claquer des doigts sous le nez pour le faire réagir à une question à laquelle il ne répondait pas. Heureusement, tout était passé sous le compte de la fatigue et personne n’avait cherché à creuser davantage.
Il s’approcha de Luigi et passa délicatement ses bras sous son fessier et son dos pour le soulever. Il avait beau être plus grand que lui, il était bien plus léger, ce qui facilitait considérablement la tâche. Luigi s’agita un peu dans ses bras, marmonnant et bougeant la tête contre son épaule. Le contact de ses cheveux dans sa nuque le chatouilla, et l’odeur du savon arriva jusqu’à ses narines. Mario ne put s’empêcher d’inspirer un peu plus fort… vanille. Il adorait la senteur de son gel douche.
Arrivé dans leur chambre, l’aîné le déposa délicatement dans son lit, observant son abdomen qui se soulevait et s’abaissait régulièrement. Il portait simplement une chemise et un pantalon. Mario jeta un coup d’œil à son pyjama plié sur une chaise non loin… Ce n’était certainement pas la première fois qu’il le changeait - Luigi avait tendance à s’endormir facilement le soir - mais après tout ce qui s’était passé cet après-midi, dans ces conditions, c’était une première.
Il chassa les idées obscènes qui l’assaillaient. Jamais il ne pourrait faire quoi que ce soit à Luigi sans son consentement ; cela, il en était certain, et c’était irrévocable. Il ramena le pyjama près de lui, le déposant sur le lit, retira ses gants et commença à déboutonner sa chemise. Ses doigts tremblaient. Il enleva le premier bouton, puis lentement le deuxième, découvrant son cou et une partie de son torse, jusqu’à l’ouvrir entièrement. Luigi laissa échapper un petit soupir dans son sommeil… Mario lui passa la main dans les cheveux pour le rassurer, incapable de détacher son regard de son torse fin, mais tout de même légèrement musclé.
Mario avait déjà vu le corps de son frère. Pourtant, là, son cœur se mit à battre plus vite. Il avait vraiment envie de passer sa main sur sa peau pour en ressentir la douceur, d’y déposer un baiser avec ses lèvres, puis avec sa langue, et de remonter jusqu’à son cou pour le mordiller. Il se maudissait intérieurement d’avoir ce genre de pensées obscènes pour son propre sang… cependant, il n’y avait personne d’autre pour qui il ressentait de tels sentiments, ni cette envie. Chaque fois qu’il le laissait seul, chaque fois qu’il partait en mission, il avait l’impression de laisser une part de lui-même derrière lui. Il ne se sentait entier et complet qu’en sa compagnie. Cela, il l’avait compris très tôt. Avec les petites amies qu’il avait eues durant les années de collège, aucune ne lui faisait ressentir ce que Luigi lui procurait par sa seule présence…
Luigi se redressa soudainement en se frottant les yeux. L’aîné recula la tête précipitamment pour ne pas se ramasser un violent coup de boule.
— « M-Mario… c’est toi ?… »
— « Oui, c’est moi. Tu peux te rendormir, petit frère », dit-il d’une voix douce et réconfortante.
Luigi cligna plusieurs fois des yeux pour faire la netteté. Sentant une pression sur son abdomen, il descendit son regard sur la main de Mario, qui était en train de le déshabiller. En réalisant la situation, il devint cramoisi et son cœur s’accéléra brutalement.
Mario, voyant ce subtil changement de comportement, balbutia, gêné :
— « Euh… pardon… je… je te mettais juste en pyjama. »
Luigi le regardait silencieusement. Mario pouvait sans peine sentir les battements de son cœur sous ses doigts, posés juste au-dessus de son myocarde.
— « Mm… comme tu es réveillé, je vais te laisser faire le reste, moi je… »
Mario voulut se retirer. Cependant, Luigi lui attrapa la main et la pressa contre son buste.
— « N-non… c-continue… s’il te plaît… »
Mario lui jeta un regard amusé et obtempéra. Il avait l’habitude des demandes un peu enfantines de Luigi. Il remonta ses mains jusqu’à ses aisselles, poussant les manches de la chemise vers les épaules, puis redescendit le long de ses bras. La position à moitié avachie du cadet l’empêchait de retirer le reste du vêtement.
— « Tu peux te redresser un peu plus vers moi, s’il te plaît ? »
Luigi s’exécuta, se redressant et rapprochant son corps. Son odeur de vanille l’entourait et enivrait légèrement les sens de l’aîné, qui se donna une gifle mentale pour rester concentré sur sa tâche. Il l’avait fait des centaines de fois… alors pourquoi, cette fois-ci, n’arrivait-il pas à détacher ses yeux de son abdomen ?
Il put enfin lui enlever le tissu, qu’il laissa glisser pour retomber derrière lui sur le lit. Assis au bord du lit, Mario se retourna en direction du pyjama, mais au moment où il voulut le saisir, des bras entourèrent sa taille, le bloquant sur place…
Luigi, dans le creux de son épaule, lui chuchota d’un souffle chaud :
— « Attends… il… il reste le bas à retirer… »
À l’entente de ces mots, Mario sentit des frissons agréables lui parcourir le bas-ventre… Depuis quand son petit frère était-il ainsi ? Et avait-il toujours eu une voix si sensuelle ? Il ne savait ni quoi faire ni comment réagir.
Il se retourna vers lui. Luigi se pressa instantanément contre lui dans une étreinte chaleureuse, entourant son cou de ses bras et cachant son visage dans son épaule.
— « L-Lou… si tu veux que je te l’enlève, il faut que tu me lâches… »
— « Non… f-fais-le comme ça. »
Il fut étonné par sa demande, mais il pouvait en deviner la raison… ce qui fit relever ses lèvres aux extrémités. Dans le creux de son épaule, il sentait la chaleur qui émanait de la tête du cadet… Il devait être rouge comme une tomate, gêné par sa propre requête.
— « Bon… d’accord… comme tu veux… petit frère. »
Mario accentua les derniers mots, qui firent frissonner Luigi. De malaise ou d’excitation, il n’en était pas vraiment sûr…
À l’aveuglette, depuis son buste, il descendit ses mains jusqu’à frôler ses hanches. Luigi eut un léger frisson lorsque ses doigts se promenèrent un instant sur son ventre pour trouver le bouton situé juste au-dessus de la braguette. Il sentit le souffle du cadet s’accélérer contre son cou lorsqu’il abaissa la fermeture éclair.
Mario déglutit. Au moment de passer sa main, il sentit la proéminence du cadet effleurer ses doigts. Il essaya de toutes ses forces de ne pas y penser et de garder son calme, mais dans cette situation, cela devenait de plus en plus compliqué… Il continua en plaçant ses mains de chaque côté de son bassin pour tirer le pantalon.
— « Tu peux… lever un peu les fesses, s’il te plaît ? »
Luigi s’exécuta. Mario sentit la pression exercée contre son dos se resserrer davantage lorsqu’il finit de lui retirer le vêtement.
— « Luigi… si tu veux que je te rhabille, il va falloir que tu me lâches. Je n’arrive pas à attraper ton pyjama… »
— « Non. »
— « Mm ? comment ça non ? Tu ne vas pas rester comme ça, tu vas prendre froid… »
— « … »
Il attendit quelques instants que Luigi réagisse. Il allait répliquer lorsqu’il sentit son jumeau trembler légèrement dans ses bras et entendit, dans un murmure presque inaudible :
— « Mario… j’ai… j’ai envie de toi… »
— « … »
Son cœur rata un battement. Mario resta figé… Avait-il bien entendu ce qui venait de sortir de la bouche de Luigi ? Ou était-ce son imagination lubrique troublée par le moment qui lui faisait mal interpréter ces cinq mots ?
— « L-Lou… est-ce que tu… »
Sa voix trembla malgré lui.
— « Tu… tu as bien entendu. »
Luigi rapprocha encore plus son corps du sien et se mit à déposer de petits baisers dans son cou, remontant le long de sa jugulaire, suçotant doucement sa peau. Mario porta sa main à sa bouche, retenant de petits bruits de surprise. Luigi continua jusqu’à redresser la tête pour plonger ses grands yeux bleus dans ceux de Mario, qui le regardait à la fois intrigué et stupéfait par son initiative…
Il le connaissait si timide et prude — voir simplement des gens s’embrasser dans la rue suffisait à lui faire détourner le regard… et les scènes de sexe à la télévision, n’en parlons même pas : il se hâtait toujours de s’enfermer dans sa chambre. Et pourtant, là, c’était lui qui initiait le mouvement… l’invitant à faire tomber, à briser définitivement cette limite entre eux.
Voyant l’aîné silencieux, Luigi se déplaça pour venir se mettre à califourchon sur ses cuisses. Le lit craqua sous le poids des deux hommes. Ce geste suffit à faire comprendre à Mario — qui déglutit — que le cadet était sérieux dans sa demande.
— « Mario… »
Luigi posa ses mains sur ses joues rosies, contemplant le visage de son jumeau.
— « Je sais que c’est immoral… mais… il n’y a qu’avec toi que… que je suis… que je me sens… »
Mario termina sa phrase d’une petite voix :
— « Entier ? »
Luigi acquiesça, baissant la tête d’un air grave… Mario lui releva le menton et lui adressa un sourire réconfortant, essayant de contrôler la tempête d’émotions qui le traversait depuis cette après-midi. Il le fixa un instant en silence, s’imprégnant de la profondeur de ses yeux bleus qui lui donnaient le vertige.
— « Luigi… je… moi aussi… sans toi, je me sens incomplet. »
Le cadet ne put s’empêcher de passer inconsciemment sa langue sur ses lèvres pour les humidifier. C’était tout ce qu’il avait besoin de savoir. Tout comme lorsqu’ils s’étaient retrouvés dans la neige en l’observant, il ressentit de nouveau, au fond de lui, cette pulsion incontrôlable de vouloir capturer ses lèvres… Ses lèvres entrouvertes, d’où l’on pouvait apercevoir cette petite langue rosée qui semblait l’appeler à la luxure.
Mario voulut parler, il avait plusieurs questions, mais Luigi pressa ses lèvres sur les siennes dans un baiser passionné. L’aîné ferma les yeux et se dit que, pour une fois que son frère prenait des initiatives, il n’allait pas l’interrompre, profitant du moment, s’abandonnant à la douceur des lèvres fondantes du cadet.
Mario exerça de légères pressions pour demander l’accès à l’intérieur de sa bouche. Luigi entrouvrit pour son plus grand plaisir. Ils enroulèrent et câlinèrent leurs langues un moment, jusqu’à ce que Mario remonte sa main le long du dos du cadet, ce qui le fit gémir à travers leurs lèvres. À l’entente de ce son, le bas-ventre de Mario palpita. Il plaça une main sur sa nuque et l’autre dans son dos, le ramenant encore plus près de lui, approfondissant le baiser.
Ils étaient si proches l’un de l’autre que Mario sentait l’érection grandissante du cadet frotter contre son ventre. Cela lui procurait des frissons délicieux, encore plus lorsque Luigi gémissait chaque fois que, de sa main, il pressait son dos pour le faire se cambrer davantage contre lui. Le cadet ressentait également sous lui que cela faisait réagir l’aîné.
Il relâcha un peu la pression sur ses jambes et poussa Mario pour qu’il s’allonge sur le duvet. Celui-ci en profita pour se placer plus au centre du lit, leur évitant une chute malencontreuse.
Luigi passa ses mains sous son pull pour le lui retirer. Une fois la peau à nu, il se mit à déposer ses lèvres un peu partout sur son buste, remontant jusqu’à son cou, s’attaquant à la peau plus fine sous le menton. Cela provoquait des frissons chez l’aîné à chaque fois qu’il y apposait ses muqueuses… Il souffla de contentement.
Luigi continua sa remontée, s’attaquant à ses lobes d’oreilles, les prenant dans sa bouche, les suçotant légèrement. Mario sentit tout son corps s’échauffer brusquement face à cet acte… Avec une telle proximité, le souffle de Luigi effleurait sa peau à chaque expiration, et il était si près de son oreille qu’il entendait tous les sons buccaux que son cadet produisait, ce qui l’excitait grandement.
— « B-bordel… Luigi, où tu as appris à faire ça ? »
— « J-j’improvise… t-tu n’aimes pas ? »
— « S-si, au contraire… »
Luigi mordilla un peu plus fort, ce qui provoqua une petite décharge électrique dans le ventre de Mario.
— « Ghhh… ahh… Lou… continue… »
Il s’exécuta encore un moment avant de se redresser et de se pencher sur la bouche de Mario, l’embrassant plus fougueusement.
Mario lui attrapa le bassin et le retourna pour se positionner en dominant. Luigi poussa un petit gloussement de surprise face à ce mouvement soudain.
— « Tu… tu peux écarter un peu les jambes pour moi, s’il te plaît ? »
Luigi accéda à sa demande, et Mario se cala entre celles-ci. Il plaça une main à côté de sa tête et lui chuchota :
— « À mon tour de te faire du bien. »
Luigi rougit et se mordit la lèvre inférieure, respirant plus fort. L’aîné s’attaqua à ses tétons, les léchant et en traçant le contour avec sa langue. Le cadet gloussa à cause de la chatouille de la moustache sur sa peau, puis émit de petits râles de plaisir lorsque l’aîné mordilla, ce qui fit sourire Mario, qui continua à lui mâchouiller les pointes devenues toutes dures.
Tout en s’y attardant, Mario se mit à bouger son bassin, le ramenant et le frottant contre son érection en effectuant de petites vagues. Luigi porta une main à sa bouche, réprimant un gémissement un peu trop fort lorsqu’il sentit la pression toucher son membre.
— « M-mario… je… ahhh… mmpfff… »
— « Lou… »
Mario entrelaça sa main dans la sienne et la déposa sur le duvet. Il avait envie de l’entendre s’exprimer. Luigi rejeta la tête en arrière, essayant de contrôler sa voix, qui menaçait de s’échapper à chaque pression.
— « Tu n’es pas obligé de te retenir. »
— « M-mais… c’est un peu gênant. »
— « Certainement pas pour moi… ça m’excite », lui chuchota-t-il avec douceur et désir.
Luigi se sentit tout drôle. Il passa sa main libre dans son dos pour s’y agripper tandis que Mario accélérait légèrement, ce qui ne put empêcher quelques gémissements de franchir ses lèvres.
— « Luigi… mm… je crois que je vais enlever mon pantalon, si tu es d’accord. »
Luigi se redressa et poussa Mario en arrière. Surpris, celui-ci se laissa tomber près des coussins. Luigi se cala entre ses cuisses et commença à dézipper la fermeture éclair de son pantalon.
Mario haleta. Voir son jumeau, les cheveux en bataille, les lèvres encore humides de sa propre salive, s’activer à le déshabiller… Il ne pouvait s’empêcher de le trouver terriblement attirant. Cela le fit durcir encore davantage. Une fois débarrassé du vêtement, le cadet posa ses mains sur le dernier morceau de tissu qui cachait l’intimité de son homologue.
Mario balbutia :
— « Lou… tu en es bien sûr ? On ne pourra pas revenir en arrière après ça… tu en as conscience ? »
Luigi le fixa avec une lueur que Mario n’avait jamais aperçue dans son regard auparavant.
— « Oui, Mario… j’en ai conscience… Ça fait des années que j’y réfléchis… et même si je suis mort de trouille… je n’ai jamais été aussi sûr de toute ma vie de te vouloir… mais… si toi… si toi tu ne veux pas, on peut tout arrêter là… »
Mario sourit sarcastiquement. La raison voudrait qu’ils s’arrêtent là… mais ce n’était pas ce qu’il voulait. Certainement pas. Là, il voulait juste le serrer dans ses bras et lui dire à quel point il l’aimait… l’embrasser jusqu’à ne plus pouvoir se détacher de ses lèvres, lui attraper le membre et le faire gémir, le pen—
L’aîné stoppa ses pensées, rejeta la tête en arrière et posa son bras sur ses yeux.
— « Vas-y. »
Luigi, tremblotant, lui retira son caleçon, libérant son pénis déjà bien dur. Mario frissonna lorsqu’il sentit les deux mains l’empoigner maladroitement. Luigi fit quelques mouvements de haut en bas d'abord timide, accentuant puis relâchant la pression puis plus rapidement avec plus de précision. Mario gémit sans se retenir lorsqu’il sentit la chaleur humide l’englober.
— « L-Lou… mmm… Lou… oui… aah… oui… at-attention avec tes dents… »
— « …mmm… »
Luigi accentuait les petits bruits de succion, entourant sa langue autour de son membre sans retenue. Plus il continuait, plus il s’améliorait, et plus Mario sentait qu’il approchait dangereusement de sa limite… Il n’osait pas lever les yeux, car il savait qu’à l’instant où il croiserait son regard, il éjaculerait immédiatement.
— « …L-Luigi, attends… »
Voyant qu’il ne s’arrêtait pas, Mario se redressa et lui attrapa le menton pour lui faire lâcher prise. Luigi releva la tête, un léger filet de bave au coin de la bouche qu’il essuya maladroitement.
— « …C-c’était bien ? »
— « Tu n’as pas idée… »
Luigi sourit, heureux, secrètement satisfait d’avoir réussi à faire gémir Mario de cette façon. L’aîné se retourna, descendit du lit et se dirigea vers son armoire de chevet. Il l’ouvrit et fouilla un moment avant d’en ressortir une petite fiole ronde.
— « Que fais-tu ? »
— « Je m’équipe pour la suite », dit-il en lui faisant un clin d’œil, portant le contenant au-dessus de lui et le secouant.
Luigi, assis en tailleur sur le lit, pencha la tête sur le côté sans comprendre. Mario revint vers lui, s’asseyant en face, débouchant le capuchon. Une odeur végétale et fruitée s’en dégageait.
— « Qu’est-ce que c’est ? »
— « Une petite concoction pour que le passage soit plus agréable. »
Luigi devint cramoisi et se mordit la lèvre inférieure… Mario versa le liquide d’une jolie couleur dorée, légèrement huileuse, dans ses mains et s’approcha. Enlaçant le cadet, il lui retira le caleçon et le hissa sur ses genoux.
— « Que… que vas-tu faire avec ça ? »
— « Du bien. »
Mario attrapa leurs deux membres d’une main, se mettant à les frotter ensemble avec enthousiasme. Le cadet haleta et se cambra contre lui dans un réflexe spontané, fermant les yeux. La friction était différente qu’avec le tissu, bien plus intime.
— « Ahh… mmmh… Mario… »
Puis, de l’autre main, il descendit le long de son dos, atteignant l’entrée qu’il convoitait. Tournant autour de la rondelle, il exerça une légère pression avec son doigt. Luigi ouvrit subitement les yeux, fixant l’aîné, haletant silencieusement.
— « Au point où l’on en est, tu croyais qu’on allait rester aux préliminaires ? »
Un sourire malicieux parut sur le visage du cadet, qui se pencha pour capturer sa bouche avant de lui murmurer :
— « Certainement pas… et je suis tout à toi. »
Mario releva un sourcil à l’entente de sa voix mielleuse et totalement sensuelle.
— « Tu m’étonneras toujours, mon frère », ricana Mario.
Il le poussa sur le matelas, l’invitant à s’allonger. À califourchon sur lui, il le pénétra lentement d’un doigt pour le détendre… Le liquide froid de base l’inconforta quelques secondes, puis cela le détendit. Voyant que cela passait sans trop de problème, il en inséra un deuxième. Il se mit à les bouger ; le produit humidifiait ses parois, les rendant bien glissantes. Mario avait l’impression que ses doigts étaient aspirés à l’intérieur à chaque mouvement, et il se délectait des bruits que cela provoquait chez le cadet.
Il s’apprêtait à en insérer un troisième quand Luigi souffla, complètement débordé par les émotions :
— « …M-Mario… viens, s’il te plaît… »
L’aîné ne put que rougir à l’entente de la voix suave et suppliante de son petit frère. Une fois bien préparé, le regard plongé dans le sien, il se cala entre ses cuisses qu’il écarta et se positionna, bassin face à son entrée.
— « J-j’ai jamais fait ça auparavant… je ne sais pas quoi faire… », dit soudainement le cadet, paniqué.
— « N’aie pas peur et laisse-moi te guider », reprit Mario d’un ton rassurant en lui embrassant le cou.
Il entrelaça sa main dans la sienne et commença à le titiller en effectuant de petits cercles.
— « Tout ce que tu dois faire, c’est te détendre. »
— « …O-okay. »
L’aîné exerça une pression. Le cadet porta sa main libre à sa bouche, étouffant un bruit… Soudain, le doute s’empara de lui. Était-ce vraiment une bonne idée ? Ce qu’il ressentait actuellement, sous le feu de l’action, pourraient-ils vivre avec par la suite ? Et si Luigi ne s’en remettait pas ?
— « Luigi… je… »
Lisait son doute comme un livre ouvert, Luigi le coupa d’un ton rassurant :
— « T-tu as mon autorisation, Mario… je n’aurai aucun regret et… ahh… ça ne me détruira pas, tu as ma parole. »
— « … »
— « Vas-y… pénètre-moi, Mario… je te veux… depuis si longtemps… », dit Luigi dans un souffle tremblant de désir.
L’aîné ne put que céder face à cette supplique. Il resserra sa prise sur sa main et s’enfonça délicatement. Il y avait pas mal de résistance, mais cela passait doucement. Il l’embrassa pour tenter de détourner son attention du corps étranger forçant le passage. La chaleur qui l’enveloppait lui enivrait le cerveau… Mario s’enfonça jusqu’à ce que plus rien ne dépasse et resta immobile, appréciant la sensation d’étau. Il sentait toute l’anatomie de son cadet palpiter autour de lui, ce qui le faisait frissonner d’excitation. Grâce au liquide, le cadet ressentait plus une gêne qu’une réelle douleur, mais il dut se concentrer pour ne pas se crisper. Mario lui chuchotait des mots doux et le caressait, faisant tout pour que cela soit agréable.
Une petite larme coula au coin de l’œil de Luigi, qui souriait. Mario lui rendit son sourire.
— « Ça va ? Tu n’as pas trop mal ? »
— « Non… Mario… on ne fait plus qu’un maintenant… », lui chuchota Luigi en s’agrippant à son dos.
Cela fit réaliser à Mario qu’il disait vrai… Il n’avait jamais ressenti une sensation pareille, et il était heureux.
Par un mouvement de bassin, Luigi l’invita à bouger. Mario commença doucement, puis un peu plus rapidement, voyant qu’il semblait s’habituer à sa présence. Luigi suivait le rythme, ses gémissements devenant de plus en plus bruyants.
— « Mario… mmm… oui… bordel, c’est trop bien… »
Le plombier rouge soupira de plaisir. L’entendre prononcer son nom le mettait dans tous ses états… Il voulait envahir son esprit pour qu’il ne reste plus que lui, qu’ils soient tous les deux seuls au monde.
— « Pour moi aussi… Lu… tu es tellement serré, c’est enivrant. »
— « V-va… plus vite~ »
Mario s’exécuta…
Puis s’arrêta soudainement, une idée lui traversant l’esprit.
— « ~Ehhhh~… !? »
Il se retira, le tourna légèrement et éloigna ses hanches avant de revenir avec force, le pénétrant subitement.
Cela fit échapper un cri à Luigi, qui se cambra en arrière.
— « ~Gnaahhhh… ! »
— « Pardon, je t’ai fait mal ?? »
— « Ahhh… non, c’est parfait… continue comme ça, je t’en supplie. »
Mario, étonné par le ton de Luigi, devint rouge jusqu’aux oreilles. Accélérant ses va-et-vient, chaque mouvement de bassin le faisait gémir. Mario accéléra encore, changeant légèrement de position, atteignant sa prostate qu’il martela avec force. Luigi sentait tout son corps s’électriser à chaque impact.
— « Continue… juste là… ahhh… »
Luigi approchait de sa limite. Mario le sentait aussi : ses parois devenaient de plus en plus serrées et étroites à chaque pénétration. Il voulut se retirer, mais Luigi l’entoura de ses jambes, le plaquant contre lui.
— « Non… jouis en moi… »
— « Mais… »
— « On ne fait qu’un. »
Mario acquiesça, le visage pourpre et transpirant, l’esprit à moitié embrumé. Il s’enfonça une dernière fois, allant le plus loin possible, et se déversa en lui, éjaculant abondamment.
Luigi, pris de spasmes, se vida sur son torse. Complètement essoufflé, la tête lui tournait à cause du manque d’oxygène provoqué par l’orgasme intense. Mario se retira et s’affala sur le côté, essayant de calmer sa respiration. Après quelques minutes de silence, il tourna la tête.
— « Tu as aimé ? »
— « Oui… c’était… magique. »
Tous deux se mirent à rire. Mario lui ébouriffa les cheveux chaleureusement, puis, voyant le liquide sur Luigi, prit un mouchoir pour le nettoyer. Tout en le caressant avec le tissu, il grava dans sa mémoire le visage paisible de celui pour qui il donnerait tout.
— « Tu en as vraiment mis partout. »
— « À qui le dis-tu… » répondit Luigi, fatigué, bâillant à s’en décrocher la mâchoire.
Une fois propre, Mario déplaça légèrement Luigi pour remonter la couverture sur eux, puis se blottit contre lui et expira de plaisir. Il se sentait léger et serein malgré ce qu’ils venaient de faire.
— « Lu… je peux te poser une question ? »
— « Oui, bien sûr », répondit-il d’une petite voix déjà gagnée par le sommeil.
— « Pourquoi maintenant ? »
Luigi resta un instant silencieux, regardant le plafond, réfléchissant.
— « Parce que… j’avais peur… peur que tu disparaisses avec Peach… avec les autres… peur que tu me laisses derrière, peur de ne plus te servir à rien. Tu sais, depuis toujours, tu es tout pour moi… tu es ma moitié. Sans toi, je suis vide… sans toi, je meurs de l’intérieur… Ces pensées et ces envies me rongent énormément, je n’ai personne à qui en parler… ce n’est pas un sujet que les gens comprennent… Je suis désolé je n'ai pas pu me retenir dans la neige, mais le fait que tu aies été des jours absent pour Peach et le Royaume… j’ai… comme qui dirait craqué quand tu m’as rejoint dans la cour. Le simple fait que tu m’aies fait passer avant elle… avant le peuple… ça m’a fait tellement de bien que je n’ai pas pu résister… ta présence et le fait que tu m’acceptes tel que je suis… je… je… j’étais tellement heureux… Je t’aime tellement depuis si longtemps… mais je n’osais pas te le dire… j’avais trop peur que tu me détestes… que ça change notre complicité… et tout ce que ça impliquait entre nous deux… je… je suis désolé… »
Luigi se mit à renifler, les larmes coulant abondamment sur ses joues.
Mario avait aussi les larmes aux yeux. Il se tourna vers lui, pressant son front contre le sien.
— « Lou… je t’aime, et sache que ça ne changera jamais… »
Le regard de Mario devint soudain plus sombre.
— « Et Lou… je voulais que tu saches que… je savais pour tes sentiments… tu m’avais déjà fait ta déclaration auparavant… »
Le cadet fronça les sourcils, l’étonnement dans les yeux.
— « Hein ? Qu’est-ce que tu veux dire ? Je m’en serais souvenu si je t’en avais déjà parlé. »
— « Tu te rappelles quand on était enfants, à Brooklyn ? Il avait beaucoup neigé, la ville avait fait de gros tas de neige, et on avait gravi ensemble le plus haut ? »
Luigi acquiesça, se rappelant parfaitement de ce moment, mais sans souvenir d’avoir avoué ses sentiments.
Mario continua :
— « Ce jour-là… lorsque le soleil avait disparu à l’horizon… tu m’as fixé de tes grands yeux pétillants et tu m’as avoué que tu m’aimais… pas comme un frère… mais d’un amour profond et véritable. J’ai… j’ai pris peur, essayant de te raisonner. On n’était que des gamins, mais tu étais déterminé. Tu as voulu me faire un câlin… j’ai reculé… trop… j’ai glissé. Tu as essayé de me rattraper, on est tombés tous les deux. Tu m’as protégé de la chute… ta tête a heurté un bloc de glace… J’ai eu tellement peur ce jour-là… tu as eu une commotion et tu as oublié une partie de la soirée… J’ai voulu t’en parler par la suite, mais chaque fois que tu me regardais, je repensais à ce moment… J’ai été lâche… je ne savais pas comment réagir face à ce que tu m’avais dit… car je ressentais la même chose… et je savais que ce n’était pas normal… Pourtant toi, tu t’en fichais, tu as fait parler ton cœur ce jour-là… tu as fait la chose la plus difficile : l’avouer. Mais moi, je n’ai pas eu ton courage. J’ai préféré tout enterrer et faire comme si ça n’existait pas… Avec les années, j’ai essayé d’oublier, en sortant avec des filles, mais jamais… jamais je n’ai ressenti pour elles ce que je ressentais pour toi… Je pensais à toi et ça me rendait fou… Certains soirs, je ne rentrais pas parce que...je savais que j’aurais pu craquer en te voyant… J’ai préféré fuir plutôt que de faire face à la réalité pendant toutes ces années… J’espère que tu me pardonneras, Luigi… parce que je m’en veux terriblement. »
Des larmes coulèrent sur ses joues comme des torrents. Libérer ce qu’il avait au fond du cœur lui fit un bien immense.
Luigi lui sourit malgré ses larmes. Ils avaient tous deux partagé leurs doutes et leurs peurs. Il prit la tête de Mario entre ses bras et le serra fort contre lui.
— « Je ne t’en veux pas, Mario… à aucun moment. Moi aussi je me suis tu… je ne peux que comprendre ce que tu as ressenti. »
Mario le fixa dans les yeux à travers les larmes, reconnaissant. Luigi y percevait tout l’amour qu’il lui portait, ce qui lui réchauffa la poitrine. Il sourit. Mario lui rendit son sourire, lui caressant la joue avant de lui déposer un baiser bref mais chaud, rempli de passion.
Tous deux se blottirent l’un contre l’autre pour s’endormir.
— « Jamais je ne te quitterai et je te protégerai », chuchota Mario près de son oreille.
— « Moi aussi… » répondit Luigi dans un souffle déjà emporté par le sommeil.
— « Je t’aime, Lou. »
— « Moi aussi, grand fr… »
Il ne termina pas sa phrase, déjà endormi.
Mario, bercé par sa respiration lente, suivit le cadet dans le monde des songes.
