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Sansûkh - Traduction française

Summary:

Bonjour à tous.toutes !

J'ai décidé de traduire Sansûkh en français pour obliger mes amis non-bilingues à la lire.
Je m'excuse d'avance n'étant ni auteure, ni traductrice.
Vous pouvez me dire bonjour sur tumblr : Magic-Redhead, si vous voulez me proposer des amélioration, ou pour m'aider à traduire ce titan !
Bisous barbus à tous.toutes

Vient d’un prompt de Hobbitkink :
La bataille était finie, et Thorin se réveilla, nu et frissonnant, dans le Hall de ses Ancêtres.
L’expérience d’être mort se dissipe rapidement, et regarder ses compagnons le remplit bien assez tôt de peine et de culpabilité. Étrangement, une lueur d’espoir grandit, prenant la forme de son plus jeune parent : un nain de la ligne de Durin, aux cheveux roux flamboyants.
(Suit l’histoire de la Guerre de l’Anneau).

 

(Bagginshield, Gimli/Legolas). Où le rétablissement prend du temps, les membres décédés de la Compagnie regardent Gimli comme s’il était dans une série TV. Les survivants luttent du fait d’avoir été laissés en arrière, Legolas est désorienté, on abuse du Khuzdul, et Thorin est un bloc d’1m47 rempli culpabilité et de colère.

Notes:

Salut à tous ! Me voilà avec un autre “kinkmeme prompt” - et comme avec “Irreconcilable Differences”, ce sera apparemment UN MONSTRE.
 

Le prompt est :
Pourquoi Gimli le nain a-t-il été choisi pour représenter son peuple au Conseil d’Elrond ? Eh bien, j’aimerais penser que c’était parce que quelqu’un l’a poussé à y aller, et tout est parti de là. Mais qui ? Mais enfin, les membres décédés de la Compagnie de Thorin Ecu-de-Chêne, bien sûr !
Leurs fantômes/esprits/visions/fantômes se sont attachés à Gimli (peut-être les voient-ils dans ses rêves) depuis qu’ils ont eu vent que Frodon, le mignon petit-neveu de leur Bilbon, allait atterrir dans la quête pour détruire l’anneau. Comment les nains morts ont-ils découvert ça ? Peut-être Aulë les a-t-il prévenu, je ne sais pas, mais ils le découvrent, et dieu qu’ils en deviennent fou/inquiets/etc !
Donc comme une faveur faite à leur Hobbit cambrioleur toujours en vie, ils font voeu de protéger Frodon par tous les moyens possibles, c'est-à-dire grâce à Gimli. Malheureusement, et même si aucune faute n’a été commise par Gimli, il ne se retrouve pas avec le jeune Hobbit autant que les Ancêtres l’auraient voulu, ce qui les rend très irritables et énervants car le hobbit et le nain sont séparés.
Donc voilà, la Surprotectrice!Compagnie d’Ecu-de-Chêne hantent Gimli pour assurer la sécurité de Frodon.

Points bonus pour :
+Les membres (sûrement Fili et Kili honnêtement) s’émerveillent occasionnellement devant Frodon.
+La réaction de la Compagnie quand ils réalisent ce que Bilbon a ramassé pendant leur voyage (l’anneau)
+Ori fanfaronne : “Oh regardez ! C’est moi ! Regardez tous ! Je fais un beau squelette n’est-ce pas ?” Lorsqu’ils traversent les Mines de la Moria.
+1000 Pour Gimli/Legolas et la Compagnie étant outrée et choquée et désorientés et C’EST UN ELFE, GIMLI A QUOI PENSES TU NOOONNN
Donc, étant fidèle à moi-même, c’est naturellement devenu une chose énorme, avec énormément de “angst”, de recherche, de canon et d’histoire des nains et whoa. Les couples seront Legolas/Gimli et Bilbo/Thorin. Il y aura ENORMEMENT d’angst, et de feels avant que les choses s’améliorent mais je promets une fin heureuse. J’aime les fins heureuses :)
Si vous voulez m’envoyer d’autres fandoms ou autres choses ridicules, j’ai un tumblr(lien).
Sans plus de blabla, j’espère vraiment que vous apprécierez.

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Chapter One

Chapter Text

Sansûkh

Thorin Ecu-de-Chêne, Roi sous la Montagne, s’éveilla avec un sursaut soudain, et un cri d’alarme étranglé. Il faisait complètement noir et son cri résonna dans l’obscurité étouffante. Il essaya de cligner des yeux, et réalisa que ça ne faisait aucune différence.

“Paix, Enfant de Durin,” dit une voix, et il grinça des dents.

“Quel est cet endroit ?” demanda-t-il, et la voix pouffa.

Où était le Hobbit ? Où était le lac gelé ? La dernière chose dont il se rappelait, était être en train de se vider de son sang à côté d’un champs de bataille silencieux. Sa folie était retombée, mais en exigeant un prix trop élevé. Sa famille était décimée, ses neveux froids et raidis par la mort, brisés par trop de blessures. Leur cambrioleur aux mains douces et au grand coeur lui avait pardonné, tout en pleurant au-dessus de son corps brisé.

Il ne méritait pas tant de pardon.

“Tu es ici dans un lieu de repos, Thorin fils de Thrain,” dit la voix. Thorin cligna furieusement des yeux, essayant de distinguer le propriétaire de la voix dans l’obscurité. Son excellente vision nocturne de nain ne semblant pas marcher, il commença à se hisser sur ses coudes. Il était nu, sa peau frissonnait et picotait dans le froid glacé.

“Expliquez-vous,” gronda-t-il. “montrez vous !”

“Patience,” la voix le réprimanda. Elle ne semblait pas s’énerver devant l’irrespect de Thorin. Elle paraissait plutôt affectueuse, voire paternelle. “Calme toi. Ta vue va revenir.”

“Où suis-je ?”

“Comme je l’ai dit, tu es dans un lieu de repos. Ici, tu peux enfin trouver la paix.”

“La paix ? Il n’y aura pas de paix en moi tant que je n’aurais pas eu votre réponse !” Thorin grogna. Il était fatigué de ces énigmes. “Parlez franchement ! Où suis-je ? J’étais en dernier sur la lande desséchée devant les portes d’Erebor. M’avez-vous bougé ? Qu’avez vous fait pour voler la lumière de mes yeux ?”

“Peut-être ai-je fait erreur en te faisant si impatient,” songea la voix. “Je le répète encore : Calme toi ! Je ne vais pas le dire encore une fois - trois fois est bien assez. Et tu es assez vieux pour ne pas poser des questions bêtes, pas comme tes neveux bruyants. Par quelle manière as-tu réussi à contrôler leur tempérament ? Ils sont presque aussi curieux que des Hobbits, et ce n’est pas un euphémisme.”

“Il y a une ruse,” dit Thorin tandis qu’un étrange et horrible soupçon commença à naître en lui. “Il faut écouter les mots qui ne sont pas dit. Ce sont ceux-là qui sont importants.”

“Ah. Évidemment.”

Thorin s’endurcit, puis demanda, “Je suis mort ?”

Il y eu un silence, puis la voix parla, gentiment, “Oui.”

Son coeur se serra, la tête de Thorin tomba sur son torse puis il murmura, “Je suis dans les Halls de mes Ancêtres.”

“Oui.”

Thorin ferma les yeux. Bien sûr, ce ne pouvaient pas être ses yeux, pas vraiment. Ce n’était pas sa main, serrée en un poing tremblant à son côté. Le coeur qui battait au point d’éclater son torse n’était pas le sien. C’était un corps refait, renouvelé, et purgé de tous ses défauts et faiblesses mortelles. Ce n’était pas étonnant qu’il ne puisse pas voir - ses yeux n’avaient jamais été utilisés auparavant.

Ici, il allait attendre jusqu’à la Fin du Monde, quand les nains allaient reconstruire Arda Marred et la restaurer à sa première gloire. Ici, il allait porter le deuil de sa soeur et de ses cousins, laissés en arrière pour gérer les résultats de sa folie et de sa fierté. Ici, il allait plier sous le poids de sa honte, sachant qu’il avait volé les brillantes jeunes vies de ses neveux avant qu’ils aient même vu un siècle. Ici, il allait se briser sous la culpabilité de ce qu’il avait fait à cette joviale, paisible, douce créature qui avait simplement cherché à l’aider.

“Êtes vous mon Créateur ?” croassa-t-il finalement.

La gigantesque présence se rapprocha, et il frissonna quand le pouvoir contenu en elle frappa son esprit et caressa sa nouvelle peau. “Je le suis.”

Thorin ouvrit ses nouveaux yeux, inutiles, et fixa son regard dans l’obscurité. “Alors pourquoi, si je peux me permettre, m’avez-vous fait si imparfait ?”

La voix resta silencieuse.

Sa colère pulsa puis s’enflamma dans son torse, et il se propulsa sur ses jambes, nouvelles et tremblantes, faibles comme celles d’un faon nouveau-né. Poussant aveuglement sa mâchoire devant lui, il laissa éclater sa honte, son désespoir et sa rage dans l’obscurité. “Pourquoi, ma maudite fierté ? Pourquoi mon mauvais caractère, ma colère, pourquoi ma folle et obstinée arrogance ! Pourquoi la folie qui infeste notre Lignée ? Pourquoi tout ce que je fais, tout ce que j’espère, se transforme en cendre avant que j’ai même pu l’effleurer ? Pourquoi ma famille s’est-elle brisée, maintes et maintes fois ?”

Le majestueux Vala de la Pierre et l’Artisanat resta silencieux.

“Dites moi !” Thorin rugit.

“Tu t’oublies, Roi sous la Montagne,” dit la voix et elle sonnait plus triste que fâchée. “Mon travail était sans défaut. Tu a été fabriqué fort et robuste et résistant au changement, loyal en amitié, et long à haïr. Les artisanats de toutes sortes viennent facilement à tes mains, et tu peux sentir la terre sous tes pieds et entendre sa chanson, n’est-ce pas ?”

Les ongles de Thorin creusèrent dans la nouvelle peau douce de ses paumes de mains. “Vous savez que je le peux.”

“C’est comme cela que je t’ai fabriqué,” dit la voix de son puissant Créateur. “Et cela ne peut pas être altéré. Plutôt, c’est le travail de l’Ennemi qui ruine tout ce qu’il touche.”

Thorin fronça les sourcils. “Quel Ennemi ? Le Mordor a été détruit par la Dernière Alliance, dans le temps de Durin IV, et aucun autre grand pouvoir ne s’est levé depuis, sauf les dragons.”

La voix resta silencieuse pendant encore un moment, comme si elle luttait contre une vieille et terrible blessure. “Te rappelles-tu de l’anneau de ton père ?”

Thorin cligna des yeux. “Aye, l’Anneau de Pouvoir. Oui ?”

“Il y en avait sept il fut un temps. Quatre ont été avalés par les Dragons de Feu. Mais trois, dont celui de ton père, ont trouvé le chemin du retour vers leur forgeron initial.”

Thorin se renfrogna. “Je ne comprends pas.”

“Tu comprendras.” La voix - Mahal - était remplie d’une ancienne mélancolie. “Je t’ai fait puissant pour que tu supportes les épreuves, mon enfant. Et tu l’as fait. Contre les travaux du grand Mal, les Nains n’ont jamais capitulé, et ont toujours été leurs propres maîtres. Aucun Nain n’est devenu un spectre. Aucun Nain n’a perdu son libre arbitre pour l’Ombre. Mais l’Ennemi a toujours été déterminé et rusé, il trouve d’autres façon d’arriver à sa fin. Et donc les sept anneaux de pouvoir marchent d’une autre manière, qui ne se voie pas, sur mes enfants. Ainsi pendant de longues, longues années, l’amour de l’artisanat et de la beauté que je vous ai donné a été transformé en un désir de joyaux et de métal.”

“Je n’ai jamais porté cet anneau,” dit Thorin.

“Mais ton père l’a porté. Et son père avant lui, et son père avant lui, depuis le jour où Celebrimbor donna l’anneau à Durin pendant sa troisième vie,” dit la profonde et triste voix. “J’ai regardé ta lignée succomber lentement à ce sortilège, et j’ai eu beaucoup de peine. Les descendants de mes premiers enfants, les plus grands de mes sept enfants, forts et endurants et inébranlables - et quand bien même l’Ennemi vous a eu au final.

“Je n’ai jamais,” Thorin répéta à travers ses mâchoires serrées, “porté cet anneau. Ma folie était la mienne.”

“Était-elle ?” demanda gentiment la voix. “En dehors de l’anneau, n’oublie pas, l’or où un dragon a dormi dessus a son propre pouvoir. Les gros Vers ont été créés dans des temps anciens par un mal encore plus obscur et encore plus puissant. Ils ont été fabriqués pour être la perte des Nains, et ils restent votre plus grand défi.”

Thorin resta silencieux pour un moment, puis il leva légèrement la tête. “L’anneau de mon père était juste un anneau, et un dragon est juste un dragon. Pourquoi ai-je perdu la tête au moment où j’aurais dû être le plus fort ?”

Mahal soupira : “Ce sont des secrets qui ont été cachés depuis longtemps, qui seront bientôt exposés la lumière. Tu comprendras bien assez tôt. Abandonne ta colère et ta honte, Thorin fils de Thrain. Il y a beaucoup de personnes qui t’aiment ici.”

Le gorge de Thorin se serra subitement, et ses dents crissèrent l’une contre l’autre, lui faisant presque mal. “N’allez-vous pas m’expliquer ?”

“C’est encore trop proche de moi, mon fils,” dit Mahal, et la voix puissante, paternelle, s’éloigna dans l’obscurité écrasante. Le chagrin résonna sur la pierre lorsqu’il parla. “Celui qui m’était cher m’a trahi entièrement, et tout son travail est maintenant tourné vers l’obscurité et la duperie. Je ne peux en parler.”

Un éclair de perspicacité l’atteint, et Thorin dit tout haut, “Celui qui a fabriqué les Sept ?”

“Aye,” dit Mahal, et son doux rire fit trembler l’air tel un lointain grondement de tonnerre. “Je remercie Eru, je t’ai fait si perspicace. Laisse de côté les critiques de toi-même. Cela n’a pas sa place ici. Ta maladie n’était pas ton choix, ni ma fabrication. C’est fini maintenant.”

“Ce ne sera jamais fini,” dit froidement Thorin, tandis que ses entrailles se tordaient, et se tordaient encore. “Pas tant que je n’aurais pas réparé mes tords.”

“A quoi cela sert de réparer ses tords dans la Maison des Morts ? Va saluer les personnes que tu aimes et attends pour le renouveau de toute chose. Tes voyages et épreuves sont terminées et ta patrie rétablie. Tu es mort honorablement, mon enfant.”

“J’ai vécu moins honorablement. Et la réparation de mes tords ne me sert pas,” cracha Thorin. “Ce n’est pas leur but !”

“Vrai !” rigola encore Mahal, “Très vrai !” Le puissant Vala resta silencieux un moment, dans ses pensées, et Thorin respirait à grands coups, par la force de sa colère. Puis Mahal parla, et sa voix tremblait de pouvoir :

“Très bien. Pour l’amour que je te porte, et pour le malheur que l’Ombre a apporté en toi, je te donne les moyens de réparer tes erreurs.”

Le coeur de Thorin sauta dans sa gorge.

Une étrange chaleur commença à se diffuser dans son torse, le remplissant d’un feu inextinguible tandis que Mahal continuait de parler. “Tous mes enfants peuvent voir leurs parents et leurs enfants qui survivent encore dans les pays mortels, au-delà des brumes. Je te donnerais le pouvoir de les atteindre.”

“Les atteindre ?” Thorin fit un pas aveugle en avant, la main appuyée sur son coeur battant, là où l’étrange feu brûlait. “Vous voulez dire, que je pourrais leur parler ? Vraiment ?”

“Non, tu ne pourras leur parler. Je ne peux pas reprendre le Cadeau d’Iluvatar, une fois donné. Tu ne pourras pas traverser les brumes pour toucher les vivants.”

“Même pour leur demander pardon ?” Thorin demanda en sombrant dans un certain désespoir, connaissant déjà la réponse.

Une énorme et solide main, noueuse à force de travail, se posa gentiment sur l’épaule de Thorin, et il trembla sans pouvoir se contrôler à cette sensation. La main de son créateur avait tellement de pouvoir et tellement d’amour dans ce touché. “Je suis désolée que tu ne puisses te défaire de ton chagrin, mon enfant.”

“Vous m’avez aussi fabriqué têtu, rappelez-vous,” rétorqua Thorin pour cacher sa crainte révérencielle et le sourire de Mahal se sentit dans le silencieux tonnerre qui emplit l’air.

“Aye, je t’ai ainsi fabriqué.” La main disparut, et Thorin perdit légèrement l’équilibre, enivré d’émerveillement, de tristesse et d’horreur.

“Mais,” le Seigneur de l’Artisanat et de la Pierre ajouta, “tu pourras atteindre le plus profond de leur esprit. L’esprit caché sous les pensées éveillées, le subconscient qui les emplit - cela tu pourras atteindre.”

Thorin expira longuement avec amertume. L’esprit dormant, le subconscient. Ce n’était pas idéal. Mais c’était mieux que rien.

“Maintenant, il y en a certain ici qui ont attendu avec impatience de venir à ta rencontre.”

“Fili ? Kili ?” La honte se faisait comme un noeud coulant autour de sa gorge et les nouveaux yeux de Thorin se remplirent soudain de larmes.

“Parmi eux d’autres ont attendu beaucoup plus longtemps,” dit le Vala. “Prends soin de toi, Thorin Ecu-de-Chêne, Roi sous la Montagne. Nous nous reverrons.”

Et puis la sensation écrasante de sa présence disparut.

L’obscurité s’enveloppa autour de lui et Thorin fit un pas hésitant en avant. Il y avait de la bonne pierre sous ses pieds nus et le claquement de ses plantes de pieds contre la pierre résonnait dans le néant.

“Fili ?” essaya-t-il. “Kili ?”

L’obscurité et le silence étaient absolus, outre le sifflement de sa respiration dans ses poumons. Thorin fit un pas en avant, puis un autre.

Puis des jeunes voix excitées résonnèrent à travers l’obscurité. Thorin réussit à émettre un rire, qui ressemblait plus à un sanglot.

“Oncle !”

“Tout le monde, par ici ! On l’a trouvé, enfin, combien de sépultures y a-t-il dans cet endroit ?”

“Mahal seul le sait. En fait, il le sait probablement. On devrait lui demander.”
“Thorin, tu ne vas pas le croire !”

“On a rencontré Durin ! Le vrai Durin ! Il est ici !”

Encore une fois, ce n’est pas un mauvais arrangement - tu nais, vis, meurs, te repose un peu, puis recommence quelques centaines d’années après.”

“En parlant de ça, avez-vous vu le tir que j’ai fait pendant la bataille ? N’était-ce pas merveilleux ? Je parie que ça restera dans l’histoire ! Même Barde ne pouvait pas faire mieux ! J’aimerais voir ce stupide blond d'elfe faire aussi bien que ça.”

“Kili,” Thorin s’étrangla, et trébucha en avant dans le noir. “Fili…” Deux corps aussi familiers que ses propres mains se projetèrent sur lui, et il s’accrocha à eux tandis qu’il retombait en arrière.

“Attention maintenant,” dit une voix rauque, qu'il adorait tant. Quelqu’un attrapa son coude. “Père, apporte lui des vêtements, ses yeux ne fonctionnent pas encore.”

“Arf, cherche les toi-même, imbécile paresseux.” La voix de Thror était aussi bourrue qu’auparavant, et Thorin se tourna vers lui, ses yeux aveugles grands ouverts.

“Grand-père, tu es…”

“Aye,” dit le dernier vrai Roi sous la Montagne. “Je suis là. Alors, j’ai vu que ça tu l'as attrapé toi aussi.”

Thorin pencha la tête sur ses neveux tandis qu’une humiliation chaude parcourait son corps. “Oui.”

“C’est pas ta faute, garçon,” dit le nain tenant son bras. “Pas ta faute. C’pas comme si tu avais demandé à ce que ces choses arrivent.”

“De plus,” dit Thror, et une vieille honte perçait aussi dans ses paroles, “tu l’as battu au final, n’est-ce pas ? Tu es mort avec ton propre esprit. Tu as été plus fort que moi.”

“Et que moi,” dit d’une voix apaisante le nain à ses côtés et la main forte et si familière serra son coude pour le rassurer.

“Non, ce n’était pas moi. C’était…” Thorin voulait protester, parler de Bilbon, quand le nain tenant son coude s’éclaircit la gorge et enveloppa les épaules tremblantes de Thorin avec son autre bras.

“On a vu mon garçon,” dit-il gentiment. “On sait.”

La main posée sur son coude ne portait pas de tâche, était neuve et sans cicatrices, mais elle était reconnaissable sans fautes. Thorin la serra très fort avec son autre main, et le rire grondant à ses oreilles fit piquer ses yeux. “Père,” dit-il faiblement. “Père, je suis désolé. Je t’ai abandonné, ‘adad(père). Je t’ai longtemps cru mort…”

“Calme toi, inùdoy,” dit gentiment Thrain. “Calme. Ne t’occupe pas de moi. Tu as pris une dure et longue route, mais tu as du temps pour te reposer maintenant.”

Son père. Son grand et splendide père, un Seigneur et Prince, qui portait les tatouages de guerriers au travers de son front. Son père - sa tête noble et fière et sa barbe longue et féroce, son seul oeil implacable et ses mains telles des barres d’acier. Son père - son pauvre, fou, à moitié aveugle père, emprisonné et affamé et fou pendant neuf longues années dans les donjons de Dol Guldur.

“Se reposer,” répéta Thorin d’une voix étranglée. “Non, je ne peux…”

“Si tu le peux,” dit son père. “N’y pense pas plus longtemps. Je m’aurais abandonné moi-même aussi. Abandonne, mon fils. Nous avons le temps de nous reposer ici. Le temps de guérir.

“Je les ai laissés seuls en arrière, pour gérer avec des hostilités durant depuis des âges, une nation infestée de charognes, un trésor maudit et un roi mort,” dit amèrement Thorin et Thrain serra vivement son bras, ses mains aussi solides que la pierre et aussi puissantes que dans les premiers souvenirs de Thorin.

“As-tu oublié toutes tes leçons ? Nous ne sommes pas la seule branche de notre lignée. Le temps est venu de laisser notre fardeau aux autres maintenant.”

“Mais…”

“Thorin,” dit Thrain, un sourire colorant sa voix. “Ne fais pas en sorte de m’énerver contre toi. Ici, allons, qu’est-ce que c’est que ça ? Des larmes, mon fils ? Eh bien, laisse les couler, ici elles le peuvent. Il y a aussi du temps pour les larmes.”

“Vieils hommes sentimentaux, avez-vous fini ?” claqua une autre voix. “Laissez moi passez, ou je vous y obligerais et par Mahal, vous n’aimerez pas ça !”

“Mieux vaut la laisser passer,” murmura Thror, et Thrain rit encore.

“Aye, elle ne patientera pas plus longtemps.”

“Tu veux dire qu’elle peut être patiente ?”

“N’insulte pas ma femme, vieille pie.”

“Arrêtez de vous chamaillez, tous les deux, et bougez. Oh regarde toi,” murmura la nouvelle voix, une douce voix féminine et Kili glapit lorsqu’il fut arraché de l’étreinte de Thorin. “Beaucoup plus vieux, beaucoup plus fort. Oh mon beau garçon, mon courageux, courageux garçon.”

Thorin ne put arrêter le cri qui s’échappa de lui à la sensation de la main qui se posa sur sa joue. L’odeur qui l’enveloppa était aussi réelle et chaude que la main et son être entier hurlait à cette senteur : la douceur des huiles qu’elle utilisait pour ses cheveux et sa barbe, la saveur piquante du cuivre et du feu de bois venant de sa forge, l’odeur chaude et vivante de sa peau. “Mère,” dit-il et il réalisa qu’il était en train de pleurer ouvertement maintenant. Elle l’emmaillota fort dans l’étreinte de ses bras et emmêla ses mains dans ses cheveux.

“Je suis très fière de toi, mon Thorin,” dit-elle de sa voix basse et forte et elle le pressa dans ses mains tandis qu’elle le tenait près de lui. “Tellement fière de toi.”

“Au fait, Grand-mère est plutôt terrifiante,” dit Kili, et il glapit tandis que lady Fris, fille de Ais, Princesse sous la Montagne et femme de Thrain le pinçait probablement.

“Comporte-toi bien, jeune homme,” dit-elle sévèrement, reculant pour caresser encore une fois le visage de Thorin et passer ses doigts dans sa barbe coupée court. “Je m’occuperais de vous deux dans un moment.”

“Terrifiante” dit un Fili admiratif. “Je vois d’où Maman tiens ça, maintenant.”

“Notre grincheuse petite Dis en mère,” dit une jeune voix riante, une voix qui sonnait comme des cloches. “Faisons trembler la Terre du Milieu.”

Thorin se figea. La main de Fris le calma, passant dans ses cheveux comme si elle rassurait un poney inquiet.

“Aye, il est là” murmura-t-elle. “Il a été insupportable, t’attendant tout ce temps.”

“Je suis vraiment fâché contre toi, nadadel (frère parmi les frères),” dit Frerin, Prince sous la Montagne. “Tu as pris ton temps. Quoi, tu t’es encore perdu ? Tu m’as fait attendre cent quarante année. As-tu la moindre idée de la grossièreté de la chose ?
“Thorin, grossier ?” s’esclaffa Fili. “Jamais de la vie.”

Thorin ne pouvait pas parler. La main de sa mère était sur son visage, ses neveux s’accrochaient à ses bras. Son père était presque en train de le porter, son grand père tapotait son épaule et le bras de son frère négligemment passé autour de lui. Frerin, Frerin.

“Tu pleurniches,” dit Frerin avec une tendre malice. “Mon parfait grand frère, pleurniches. Comme un grand elfe boudeur. As tu été décoiffé ? Quelqu’un a-t-il brisé une brindille ?”

“Tais-toi,” s’étrangla Thorin, et Frerin rejetta la tête en arrière et rit de son rire d’argent, et oh il avait manqué à Thorin, lui avait tant manqué.

“Toi, tais toi,” dit-il gentiment puis Frerin tira sur ses tresses et d’un coup, Thorin fut frappé par un souvenir si vivant et si fort que sa tête en tourna, il fut renvoyé dans une période vague et dorée, où il avait cinq ans et où le nouveau bébé n’arrêtait pas de mâchouiller et de tirer ses cheveux.

“Frerin,” il haleta et les mains chaudes de son frère tiraient sur ses tresses, l’amenant vers lui jusqu’à ce que leurs fronts se touchent. Frerin, le jour des nuits de Thorin, si jeune, si petit, juste quarante-huit ans. Sa peau était sans ride, et les doigts de Thorin suivirent le tracé de ses épais sourcils, son nez de Durin, droit comme une lame, ses yeux joyeux, son court bouc tressé sur ses joues.

“Tu as l’air vieux, frère,” dit-il. “Et fatigué.”

“Je le suis,” soupira Thorin, laissant Frerin soulager Thrain d’un peu de son poids. “Je suis si fatigué. Je pensais avoir du temps, quelques décennies au moins…”

“Tu vois, c’est ce qui arrive quand je ne suis pas dans le coin pour t’empêcher de broyer du noir,” dit gentiment Frerin. “Tu te transformes en un elfe boudeur. C’est vraiment pathétique.”

Thorin grogna. Puis il releva sa tête et donna brusquement un coup de boule à son frère, et le doux rire de sa mère éclata et résonna.

“Les garçons,” dit-elle et avec exactement le même ton qu’elle utilisait quand Thorin avait seulement vingt ans et Frerin quinze ; deux garçons se chamaillant au lieu de surveiller leur soeur de six ans.

“Ta tête est devenue plus dure,” grogna Frerin.

“Ou la tienne plus molle,” rétorqua Thorin, et un rire incrédule s’échappa de Kili.

“Je rêve, n’est-ce pas ?” demanda-t-il à personne en particulier. “Thorin ne plaisante pas. Il a dû être mal ramené. Mahal a fait une erreur.”

“Oh vous pensiez avoir été des mauvais garçons ?” dit malicieusement Thror. “Ces deux vous ont battu.”

“Pourquoi pensez-vous qu’il connaissait déjà toutes vos ruses ?” ajouta Frerin. “Nous avions déjà imaginé tout ça un siècle avant vous deux.”

“C’était toujours ton idée,” murmura Thorin.

“Et tu montrais toujours la voie,” dit Frerin et le poussa du coude. “Un prince si dévoué !”

Kili gémit tout haut et Thorin pouvait juste imaginer l’expression trahie sur son visage. “Tout ce que je savais est faux,” se lamenta-t-il.

Thorin sourit à travers ses larmes et Fili éclata de rire. “Pauvre Kili. Il se tire les cheveux encore.”

“Dis-lui d’arrêter, il n’en a déjà pas assez comme ça,” dit Thorin, et le cri outragé de Kili ne fit qu’agrandir son sourire.

“Tu as l’air affreux,” dit Frerin sur le ton de la conversation. “Couvert de larmes, le visage rouge, et toutes tes tresses défaites.”

“Et la faute de qui ?” Thorin rétorqua immédiatement et sentit à défaut de voir le sourire de Frerin.

“Il faut que je te dise, je suis fâché contre toi,” dit Fili dans son oreille. “Pourquoi toi ou Maman ne m’avez jamais dit que je ressemblais à ta mère ou à ton frère ? J’ai toujours pensé avoir été le bizarre de la famille !”

“Dans cette famille ?” renifla Fris. “Quand on parle de bizarre, on a pourtant l’embarras du choix.”

“Chérie,” dit Thrain, plutôt strict. “Pas devant les petits-enfants.”

“Le manque de respect vient avec le territoire,” dit Thror. “Habitue toi. Thrain, nidoy (garçon), où est ta mère ?”

“Elle retient les autres à l’écart. Elle ne voulait pas qu’ils l’accablent tous d’un coup.

“Vous n’avez pas été aussi gentils avec nous,” accusa Fili. “Vous nous avez assailli ! J’ai cru que nous étions attaqués au départ ! J’ai mis un coup de poing dans le nez de mon propre père !”

A la surprise de Thorin, il éclata d’un vrai rire, bien que cela lui fasse mal au torse. “Tu as frappé Vili ?” demanda-t-il.

“Il l’a fait. Et j’ai marché sur le pied de grand-père,” dit Kili.

Thrain s’éclaircit la gorge. “Et mordu ma main,” ajouta-t-il sévèrement.

“Eh bien, essaie d’être aveugle telle une chauve-souris et nu comme un ver et d’avoir ton grand-père décédé qui commente ton manque de barbe, on verra si tu aimes ça,” grommela Kili.

Thrain émit un petit rire et Thror fit un long son peiné que Thorin se rappelait vaguement avoir entendu lors de longs entretiens du Conseil où Fundin ne semblait pas vouloir se taire. “Tu ne connais aucun d’entre nous, arrière-petit-fils,” dit patiemment le Roi. “Pas en dehors de nos histoires. Mais notre Thorin va retrouver des nains qu’il n’a pas vu depuis des siècles, ses grands-oncles, cousins, amis.”

“C’est la coutume de garder les premières rencontres pour la famille proche,” expliqua Frerin. “Sinon cela peut être un peu dur à supporter. Grand-mère sera là dans un moment.”

Kili fit un grognement d’assentiment que Thorin reconnu comme un “bon d’accord” émis à contrecoeur. Il s’avança dans l’obscurité, ses mains tendues vers son plus jeune neveu et Kili s’inséra facilement dans ses bras. “Kili,” dit Thorin, et il brossa en arrière ses cheveux fous et emmêlés - non tressés, comme d’habitude - tandis qu’il tirait Fili proche contre lui. Les nains dans ses bras étaient jeunes et forts, grand et droits, comme il se rappelait d’eux. Des visions de leurs visages blêmes et de leurs corps brisés continuaient de danser devant ses yeux. Un poids énorme se logea dans sa gorge et il lui devint difficile de respirer. “Fili, je suis tellement désolé,” il murmura sur le côté de la tête de Fili. “Je suis tellement désolé, mes garçons. Pardonnez-moi, oh, mes nidoyîth (jeunes garçons). Je voulais tellement de choses pour vous, undayûy (meilleurs garçons), je voulais…”

“Oh ça recommence comme Thror, que quelqu’un l’arrête,” grogna Fris. “Nous allons être submergés par la culpabilité des enfants de la lignée de Durin avant qu’on puisse mettre une seule pierre sur la Nouvelle Arda”.

“Il est ici maintenant,” dit gentiment Frerin. “Il guérira.”

“Cela prendra du temps,” dit Thror, la mine sombre.

“Cela prend toujours du temps,” soupira Thrain.

A suivre...